MAGALMA

 

LECTORIUM

 

 

 

Encore la boîte du bouquiniste ou le carton du libraire d'occasions. Tous genres et éditions pêle-mêle, c'est  l'éclectisme assuré. Un livre au hasard qu'on ouvre à une page plus ou moins quelconque et cette courte lecture qui s'ensuit, généralement de quelques lignes tout au plus. Curieux ou pas mal...Au fait de qui est-ce ? Alors en le refermant on regarde sur la couverture le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage. (Ici ces derniers, dans un même esprit et pour inciter peut-être aux devinettes, ne sont dévoilés que le lendemain).

 

 

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n°855
 

       Que disent les prophètes de J.-C. ? qu'il sera évidemment Dieu ? non mais quil est un Dieu véritablement caché, qu'il sera méconnu, qu'on ne pensera point que ce soit lui, qu'il sera une pierre d'achoppement, à laquelle plusieurs heurteront, etc.

       Qu'on ne nous reproche donc plus le manque de clarté puisque nous en faisons profession. Mais, dit-on, il y a des obscurités et sans cela on ne serait pas aheurté à J.-C. Et c'est un des desseins formels des prophètes : excaeca.

       Ce que les hommes par leurs plus grandes lumières avaient pu connaître, cette religion l'enseignait à ses enfants.

       Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d'être.

 

Blaise Pascal - Pensées (1670)

 

n°854
 

       Les courbes se divisent, comme on sait, en deux grandes catégories, suivant qu'elles sont algébriques ou trans-cendantes. La plus grande partie des courbes remarquables connues appartient à la première. Or, les propriétés par-ticulières d'une courbe algébrique spéciale déterminée ne sont que des conséquences, le plus souvent assez directes, soit des propriétés communes aux courbes de même ordre ou de même classe, soit des propriétés générales de cer-taines familles de courbes.

       De même les propriétés fondamentales des coniques, des cubiques, des quartiques, ...sont évidemment des consé-quences des propriétés des courbes d'ordre quelconque. A la vérité ce n'est point par l'étude directe des courbes d'or-dre quelconque qu'ont débuté les recherches des mathématiques. De nombreuses courbes spéciales algébriques ont été imaginées bien des siècles avant que la notion d'ordre, qui ne devait apparaître qu'avec la géométrie analytique, ait même été pressentie.

 

H.Brocard / T.Lemoyne - Courbes géométriques remarquables (1967)

 

n°853
 

       - Votre pièce m'a énormément plu. Elle est un peu étrange, je n'en connais pas la fin, et pourtant elle m'a fait une forte impression. Vous avez du talent. Il faut persévérer.  (Treplev lui serre vigoureusement la main et l'étreint brus-quement.) Diable, que vous êtes nerveux. Vous avez des larmes aux yeux! Je voulais vous dire ceci : vous avez choisi votre sujet dans le domaine des idées abstraites, et vous avez bien fait; une oeuvre d'art doit partir d'une grande idée. N'est beau que ce qui est grave. Mais comme vous êtes pâle !

      - Ainsi, vous croyez que je dois continuer ?

     - Oui... Mais vous ne devez peindre que l'important, l'éternel. Vous savez que j'ai eu une vie variée, agréable, j'en suis satisfait, mais si jamais j'avais éprouvé l'élan spirituel que les artistes connaissent pendant la création, il me semble que j'aurais méprisé mon enveloppe matérielle et tout ce qui la concerne, et je me serais envolé loin, bien loin de cette terre.

 

Anton Tchekov - La mouette (1882) - (théâtre)

 

n°852
 

       Loin d'être une invention compliquée des médecins, des diététiciens ou des nutritionnistes, les vitamines sont un élément primordial de notre bonne santé. Bien avant que la science moderne ne s'en mêlât, la tradition savait pallier  intuitivement les troubles qui découlent des carences en vitamines par des recettes qui se sont transmises de généra-tions en générations. L'une des plus anciennes remonte d'ailleurs aux temps de la Bible avec l'histoire de Tobie.

       Le vieillard étant devenu aveugle, l'ange Raphaël indique un remède à son fils en ces termes : " Frotte ses yeux avec le foie et le fiel d'un poisson fraîchement séché. " En préconisant ce traitement qui peut sembler sans rapport avec la cécité, il prenait pourtant une sérieuse avance sur les médecins qui savent, aujourd'hui, que la vitamine A contenue dans le foie du poisson frais est un élément dont la carence provoque des troubles de la vue, entre autres. 

 

Gilbert Créola- Les vitamines et votre santé (1983)

 

n°851
 

      Les journaux comiques, chansonniers, le titi sur le trottoir ont beau gouailler, tourner en ridicule parlementaires et parlement, l'appareil de ce temple de la Loi en impose aux plus sceptiques. Les pierres austères à la rigidité classique évoquent mille adages de droit romain, lieux communs sur la grandeur des lois, sur le respect qu'on leur doit "même si elles paraissent injustes", sur les devoirs du citoyen et sur ceux du législateur.

       Monsieur Daladier s'adapta aisément à ses fonctions nouvelles. Il arriva à la Chambre en fumant sa pipe avec sa serviette sous le bras, et s'installa à sa place aussi simplement qu'il s'était installé, naguère, dans l'amphithéâtre de la Faculté de Lyon. Il commença à travailler, à suivre les débats selon ses méthodes constantes. En séance il écoutait les orateurs, respectueux de l'opinion d'autrui.

 

Yvon Lapaquellerie - Edouard Daladier (1939)

 

n°850
 

       Il y avait ici deux hommes, qu'on pouvait appeler les Oreste et Pylade de Bourbonne. L'un se nommait Olivier, et l'autre Félix; ils étaient nés le même jour, dans la même maison, et des deux soeurs. Ils avaient été nourris du même lait; car l'une des mères étant morte en couche, l'autre se chargea des deux enfants. Ils avaient été élevés ensemble; ils étaient toujours séparés des autres. Ils s'aimaient comme on existe, comme on vit, sans s'en douter; ils le sentaient à tout moment, et ils ne se l'étaient peut-être jamais dit.

      Olivier avait une fois sauvé la vie à Félix, qui se piquait dêtre grand nageur, et qui avait failli de se noyer : ils ne s'en souvenaient ni l'autre. Cent fois Félix avait tiré Olivier des aventures fâcheuses où son caractère impétueux l'avait engagé ; et jamais celui-ci n'avait songé à l'en remercier : ils s'en retournaient ensemble à la maison, sans se parler, ou en parlant d'autre chose. 

 

Denis Diderot - Les deux amis de Bourbonne (1770) - (conte)

 

n°849
 

       Sinistre et infernale, machine impitoyable et cruelle. Pendant quatre années, sous la botte nazie, la France a subi et affronté ce cauchemar d'épouvante et d'angoisse. Est-il possible d'évoquer dans son intégralité, l'histoire de la Gestapo ? D'autant plus que la Geheime Staatspolizei, édifice compliqué et mystérieux, ne cessera jamais de garder une partie de son secret. Oserai-je donc aborder un tel sujet malgré les silences et le temps qui s'est écoulé depuis ?

       Commen, avec certitude, rétablir les faits et surtout lire dans les consciences ? Inévitablement, mon ouvrage sera insuffisant et incomplet. L'historien que je veux être en dira trop ou pas assez. Comme disait Goethe : "Le livre du passé est pour nous scellé de sept sceaux", à plus forte raison lorsqu'il s'agit du cheminement profond et tortueux de la Gestapo.

 

Marcel Hasquenoph - La Gestapo en France (1965)

 

n°848
 

       Plus aisément, les analyses déterminent avec précision le titre des monnaies, donnée essentielle qui n'est pas toujours connue par les textes. Plusieurs lois du Code Théodosien de 366 et 367 spécifient que les solidi collectés au titre de l'impôt seront convertis en lingots (massam soliditatemque) de métal pur (obryzae) et transférés sous cette forme au trésor impérial. Plusieurs de ces lingots de la fin du IVè siècle certifiés par l'effigie impériale et la marque de trésors provinciaux nous sont d'ailleurs parvenus.

       Ils portent souvent la marque OB désignant cette pureté du métal raffiné au feu. De même tous les solidi frappés après la promulgation de ces lois. Or la véracité de cette marque d'authenticité est entière puisqu'on constate que, à la différence des solidi antérieurs dont le titre varie entre 93% et 96%, les pièces avec OB sont d'une pureté extrême, le pourcentage d'or dépassant toujours 99% et atteignant même jusqu'à 99,9%, soit un affinage maximum avec les techniques de l'époque.

 

Cécile Morrisson - La numismatique (QSJ n°2638-1992)

 

n°847
 

       Des origines de la Première Guerre mondiale à l'écroulement des puissances de l'Axe, en 1945, cet ouvrage passe au crible de la critique historique la plus rigoureuse, les actes politiques et les opérations militaires qui ont bouleversé notre époque. S'attachant surtout à éclairer les causes et les effets de chaque évènement, l'auteur a tenté de pousser l'objectivité à son extrême limite en s'assurant la collaboration d'une équipe d'historiens et en confiant leurs conclusions au collationnement des ordinateurs électroniques.

      Soixante-deux points d'histoire sont ainsi analysés, à propos desquels furent confrontés mille interprétations ou témoignages choisis dans les treize mille volumes déjà publiés sur cette époque. Le dépouillement de toutes les informations valables permet, aujourd'hui, de pénétrer les intentions les plus secrètes des hommes d'Etat et des chefs de guerre, de comprendre leurs manoeuvres et leurs réactions. 

 

Jacques de Launay  - Les grandes controverses du temps présent (1964)

 

n°846
 

       L'Auvergne proclame ses origines par sa propre étymologie : Auvergne vient des mots celtes arverann, haute contrée. Mais lorsqu'on vient de Paris, c'est d'abord la basse Auvergne qui s'offre à nous. A Aigueperse nous sommes en pleine Limagne, cette terre aux champs fertiles où les monts semblent s'écarter jusqu'à la chaîne des Dômes qu'on découvre nettement, passé Riom, l'ancienne capitale de l'Auvergne, endormie au coeur des vergers.

      Du côté de Volvic, dont les sombres pierres ont fait éclore tant de chefs-d'oeuvre, le formidable donjon du château de Tournoël dresse sa masse déchiquetée par les boulets d'artillerie, témoin mutilé, mais toujours debout, de rudes batailles entre les comtes d'Auvergne et les rois de France, les Anglais, les Ligueurs et autres hommes de guerre.

 

Jean Bedel - Meubles et objets des provinces de France (1979)

 

n°845
 

       En plein coeur du Tibesti, un guide indigène m'indiqua que si par hasard je désirais voir les murs de la ville d'Anagoor, il était prêt à m'accompagner. Je regardai la carte, mais la ville dAnagoor n'y figurait pas. On n'y faisait pas même allusion dans les guides touristiques, tellement riches pourtant de petites informations. Je demandai :  "Quelle est donc cette ville qui n'est pas signalée sur les cartes géographiques ? " Il répondit :

      " C'est une ville fort grande, très riche et puissante mais elle n'est pas marquée sur les cartes parce que notre gouvernement l'ignore ou feint de l'ignorer. Elle se débrouille toute seule et n'obéit pas. Elle vit pour son propre compte et même les ministres du roi ne peuvent y pénétrer. Elle n'entretient aucun commerce avec d'autres pays, proches ou lointains. Elle est fermée. Elle vit depuis des siècles dans l'enceinte de ses solides murailles. Et le fait que personne n'en soit jamais sorti ne signifie-t-il pas qu'on y connaît peut-être le bonheur ? "

 

Dino Buzzati - Les murs d'Anagoor (1966) - (nouvelle)

 

n°844
 

       Le pays, de son temps, fut tranquille pendant dix ans. Asa fit ce qui est bien et juste aux yeux de Yahvé, son Dieu. Il supprima les autels de l'étranger et les hauts lieux, il brisa les stèles, mit en pièce les ashéras et dit aux Judéens de rechercher Yahvé , le Dieu de leurs pères, et de pratiquer loi et commandement. Il supprima de toutes les villes de Juda les hauts lieux et les autels à encens. Aussi le royaume fut-il en repos et ne participa à aucune guerre en ces années-là, Yahvé lui ayant donné la paix.

       Restaurons ces villes, dit-il à Juda, entourons-les d'un mur, de tours, de portes et de barres ; nous resterons de nos jours au pays, car nous avons cherché Yahvé, notre Dieu ; aussi nous a-t-il recherchés et nous a-t-il donné la paix sur toutes nos frontières.

       Ils restaurèrent et prospérèrent. Asa disposa d'une armée de trois cent mille Judéens, portant le bouclier et la lance et de deux cent quatre-vingt mille Benjaminites portant la rondache et tirant de l'arc, tous preux valeureux. 

 

La Bible de Jérusalem - Deuxième Livre des Chroniques

 

n°843
 

       Lorsqu'un malheur vous atteint sur mer, ceux que vous invoquez vous abandonnent. Dieu seul est là. Mais, lorsqu'il vous a sauvés et rendus à la terre ferme, vous vous éloignez de lui. En vérité, l'homme est ingrat.

       Etes-vous sûrs qu'il ne vous fera pas engloutir par quelque partie de la terre s'entrouvrant sous vos pas, ou qu'il n'enverra  pas contre vous un tourbillon qui vous ensevelira sous le sable, sans que vous puissiez alors trouver de protecteur ?

      Etes-vous sûrs qu'il ne vous ramènera pas une seconde fois sur la mer, et qu'il n'enverra pas contre vous un vent violent, qu'il ne vous submergera pas pour prix de votre incrédulité ? Alors vous ne trouverez aucun protecteur.

 

Le Coran - Sourate XVII - 69,70,71

 

n°842
 

       "Personne n'allume une lampe pour la mettre dans une cachette ou sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, pour que ceux qui entrent voient la clarté. La lampe du corps c'est ton oeil. Lorsque ton oeil est simple, ton corps tout entier est aussi dans la lumière. Mais quand il est mauvais, ton corps aussi est ténébreux.

       Examine donc si la lumière qui est en toi n'est pas ténèbres! Si donc ton corps tout entier est lumineux, n'ayant aucune partie ténébreuse, il sera tout entier dans la lumière, comme lorsque la lampe t'illumine de son éclat."

 

Luc - Evangile (c.75 ap.)

 

n°841
 

       Tout le monde dans la province de Candahar connaît l'aventure du jeune Rustan. Il était fils unique d'un mirza du pays : c'est comme qui dirait marquis parmi nous, baron chez les Allemands. Le mirza son père avait un bien honnête. On devait marier le jeune Rustan à une demoiselle, ou mirzasse de sa sorte. Les deux familles le désiraient passion-nément. Il devait faire la consolation de ses parents, rendre sa femme heureuse et l'être avec elle.

       Mais par malheur il avait vu la princesse de Cachemire à la foire de Kaboul, qui est la foire la plus considérable du monde, et incomparablement plus fréquentée que celles de Bassora et d'Astracan; et voici pourquoi le vieux prince de Cachemire était venu à la foire avec sa fille. Il avait perdu les deux plus rares pièces de son trésor : l'une était un diamant gros comme le pouce, l'autre était un javelot qui allait de lui-même où on voulait.

 

Voltaire - Le blanc et le noir (1764) - (conte)

 

 

 

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