MAGALMA

 

LECTORIUM

 

 

 

Encore la boîte du bouquiniste ou le carton du libraire d'occasions. Tous genres et éditions pêle-mêle, c'est  l'éclectisme assuré. Un livre au hasard qu'on ouvre à une page plus ou moins quelconque et cette courte lecture qui s'ensuit, généralement de quelques lignes tout au plus. Curieux ou pas mal...Au fait de qui est-ce ? Alors en le refermant on regarde sur la couverture le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage. (Ici ces derniers, dans un même esprit et pour inciter peut-être aux devinettes, ne sont dévoilés que le lendemain).

 

 

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n°794
 

       Lorsque l'on observe le déroulement des mythologies, des religions, des images, des raisonnements et des civilisations successives de l'humanité telle qu'on la connaît et telle qu'on l'a déchiffrée jusqu'à ce jour, on découvre un fait étonnant. Par périodes d'environ deux mille ans, la pensée humaine s'est révélée axée sur un point précis qui se trouve correspondre à un des signes du Zodiaque. On peut déterminer ainsi des périodes relativement uniformes qu'on appelle des ères.

       Il y a eu l'ère du Bélier; elle fut bien antérieure à celle du Verseau où nous sommes en train d'entrer. L'ère du Verseau suit l'ère des Poissons, née il y a deux mille ans, qui suivait celle du Bélier, précédée elle-même par celle du Taureau. Il serait intéressant de remonter plus haut et ce n'est pas impossible.   

 

Michèle Curcio - Les Signes du Zodiaque (1984)

 

n°793
 

       Fidèles aux anciennes règles du culte national dont ils étaient les garants, les pontifes expiaient les prodiges les plus fréquents par des cérémonies bien connues, faciles à exécuter, par le sacrifice de victimes de diverse importance aux dieux qui les réclamaient. Leur science paraissait toujours de bon aloi et se gardait de toute innovation.

      Ainsi étaient-ils chargés de l'expiation des foudres dont s'occupaient aussi les haruspices qui étaient appelés dans les cas les plus graves. Les pontifes enterraient les traces laissées sur terre par le passage du fulmen et offraient un sacrifice archaïque fait d'oignons, de cheveux et de sardines, que les Anciens, avec raison, considéraient comme un sacrifice de substitution ayant remplacé, à date haute, la mise à mort de victimes humaines.

 

Raymond Bloch - La divination dans l'Antiquité ( QSJ n°2135-1984)

 

n°792
 

       Vous désirez acheter un micro-ordinateur ? Vous voilà sollicité par de multiples offres toutes plus alléchantes les unes que les autres. Si vous faites partie de ceux qui n'y connaissent pas encore grand-chose, vous souhaitez sans doute être conseillé dans votre choix. Ce petit volume n'a d'autres ambitions que de vous aider à acquérir la machine qui conviendra le mieux à l'usage que vous comptez en faire.

       On disait récemment encore que tous les ordinateurs sont quasi identiques et qu'ils ne se différencient que par les programmes qu'ils peuvent exécuter. Aujourd'hui, cela n'est plus tout à fait vrai, car de très nombreux programmes tournent sur des machines très différentes... La question essentielle que vous devrez vous poser est la suivante : "Un ordinateur ? O.K. Mais pour en faire quoi ? " Lorsque vous aurez répondu à cette question, vous aurez fait un grand pas en avant et il ne vous restera plus qu'à choisir l'ordinateur qui vous permettra d'exécuter sans problème ce que vous en attendez.

 

Ilya Virgatchik - Comment choisir votre micro-ordinateur ? (1984)

 

n°791
 

       "-T'avais qu'à ne pas tuer un homme.  -Et toi, qui qu't'as tué ?  -Prends le bateau et va le demander au juge d'instruction du Mans, s'il veut te recevoir."  Aucun ne dormait. On voyait des couples. un sourd brouhaha flottait, déchiré de temps en temps d'un éclat de voix fauve. Par l'odeur et la vue, cela tenait de la ménagerie.  "- J'irai le trouver, demain, pour lui prouver que je ne suis pas fou. Ah! le manchot (un surveillant) dit que je suis fou ! J'irai le trouver, le journaliste.  -Et puis, après ? C'est de la clique comme les autres."

        Et l'un, d'un ton de faubourg, me fixa définitivement sur la nature de ma personne : "-Va ! ne crains rien, il fait partie de la viande qu'on soigne ! "

 

Albert Londres - Au bagne (1923) - (reportage)

 

n°790
 

       Dans le ciel, au-dessus du col Gianna, il eut l'étrange désillusion de n'apercevoir que des nuages indifférents, à l'expression idiote, tout englués de vapeurs  et de nuées visqueuses s'effilochant. Ce n'étaient certainement pas des nuages capables de penser ni même d'être méchants, ou de faire des farces aux jeunes curés de campagne.

       De toute évidence, ils ne pourraient pas s'être intéressés à lui. Des nuages, rien de plus. En fait, la météo avait annoncé pour ce jour-là : ciel serein, quelques formations cumuliformes dans le courant de l'après-midi. Vent calme. Température stationnaire. Au sujet du Diable, pas un mot. 

 

Dino Buzzati - Les tentations de Saint-Antoine (1958) - (nouvelle)

 

n°789
 

       "Peu après la nuit tombée, ils m'appelèrent. Je m'attendais à ce qu'on me menât dans un bureau pour un interrogatoire, mais trois hommes, dont l'un ne me lâcha pas de tout le trajet, m'accompagnèrent. Je maudissais ma petite taille. Ils me conduisirent le long des voies, six, outre celles du dépôt des machines, et sortant par une grille de côté, au nord du quai après avoir tourné à gauche, nous descendîmes une rue, traversâmes une place pour, finalement arriver à une maison isolée...

        Une sentinelle montait la garde devant la porte et, dans l'obscurité de l'entrée, je devinais un ou deux gardes affalés. Ils me poussèrent jusqu'à l'étage où je me trouvai soudain dans une pièce en face du bey. A ma grande surprise, j'étais dans sa chambre à coucher."

 

P.Knightley / C.Simpson - Les vies secrètes de Lawrence d'Arabie (1970)

 

n°788
 

       M'étant avancé un peu, je m'arrêtai bientôt. Mes narines avaient perçu une odeur incongrue ; il me sembla que l'air du soir était chargé d'un parfum qui, quoique familier jusqu'à un certain point, ne se trouvait généralement guère associé aux fresques rustiques et aux autels des grands chemins. Je m'étonnai, reniflai légèrement, et n'hésitai plus sur la nature de l'énigme. L'odeur était celle du pétrole,le cierge votif était alimenté par de l'essence de Pennsylvanie.

       J'avoue que j'éclatai de rire ; et un contadino pittoresque, qui s'en revenait chez lui, me dévisagea comme un iconoclaste, dans la pénombre. Il ne remarqua le pétrole, j'imagine, qu'afin d'en augmenter le débit avec tendresse; mais, pour moi, la chose fit office de symbole de l'Italie du futur. Il y a un omnibus de la Porta del Popolo au Ponte Molle, et les autels toscans fonctionnent au kérosène.

 

Henry James (1843-1916) - Vacances romaines - (impressions de voyage)

 

n°787
 

       Par une de ces admirables journées de printemps, je suivais le quai Conti, où il y a un renfoncement amusant, et j'arrivai en face de l'Institut, juste au moment de la sortie d'une séance solennelle, d'une grande réception. Quelques "Verts", avé l'épée, bien connus de moi, se pressaient autour de Frédéric Masson, poché, voûté, gigantesque, ou paraissant tel, et qui se dirigeait, toussant dans le soleil, vers son logis officiel, tout proche du secrétariat dit perpétuel car il habitait, en fait, rue de la Baume.

       Doumic, avec ses yeux caves, son poil blanchâtre ou pisseux, sa mine à la fois hargneuse et craintive, traînait ses pieds d'éternelle platitude autour de l'historien napoléonard de toutes les napoléoneries de Napoléon. Sa spada dérisoire semblait, à son côté, une épingle étincelante au flanc d'un putois. Le petit singe Goyau, dit "Gasparruche", descendu de son orgue de Barbarie, sautillait entre Lavedan le puant, et Henri de Régnier au menton de galoche.

 

Léon Daudet - Paris vécu (1930)

 

n°786
 

       L'hygiène a fait, à notre époque, d'incontestables progrès. Le public connaît maintenant les inconvénients du manque de propreté et d'exercice, l'ensemble de la population a été pénétré par les principes de la science moderne. Les salles de bains se sont multipliées, et on trouve dans la plupart des villes importantes des piscines, des stades, des terrains de jeux. Il semble bien aussi que dans toutes les classes de la société, on ait enfin compris l'importance de l'air pur et de l'exposition du corps aux rayons solaires.

       En été et au moment des fêtes en hiver, on abandonne les grandes villes pour aller chercher, à la montagne ou à la mer, les éléments de vie qu'on ne trouve presque plus dans nos vastes agglomérations. Une démarche analogue se fait en ce qui concerne l'alimentation. Les aliments "sains", "diététiques", "biologiques" (nous n'entrerons pas ici dans la discussion de ce mot) sont à l'ordre du jour et l'objet même d'un certain snobisme.

 

Dr Jean Nussbaum - Science et cuisine (1979)

 

n°785
 

       La question était plutôt brutale, mais la légèreté n'était pas notre fort et, quoi qu'il en soit, avant que l'aube grise ne nous invite à nous séparer, j'avais ma réponse. En l'occurrence, ce que mon amie avait en tête était infiniment significatif. C'était ni plus ni moins le fait que, pendant quelques mois, Quint et le garçon ne s'étaient pas quittés. Se risquer à critiquer l'inconvenance, faire allusion à l'incongruité de rapports si étroits lui avait paru la chose bienséante à faire et elle était même allée jusqu'à s'en ouvrir franchement à miss Jessel.

       Miss Jessel l'ayant pris de très haut et lui ayant conseillé de s'occuper de ses propres affaires, la brave femme s'était alors adressée directement au petit Miles. Sur mon insistance, elle déclara lui avoir dit qu'elle n'aimait pas que les jeunes gentlemen oublient leur rang. J'insistai encore, évidemment, pour plus de précisions.

 

Le tour d'écrou - Henry James (1898) - (nouvelle)

 

n°784
 

       Si la notion de bibliothèque, c'est à dire de conservation de l'information, est connue depuis l'Antiquité, l'idée de documentation est, elle, beaucoup plus récente. On peut la faire remonter au moment où l'idée d'exploitation de l'information conservée est apparue. En fait ce sont les travaux entrepris par Paul Otlet à la fin du XIXè siècle qui marquent le début de l'histoire de la documentation et de ses techniques.

       Cependant l'on peut noter que des bulletins de résumés avaient déjà été publiés auparavant. C'est le cas des Chemisches Zeentralblatt qui remontent à 1830nou de Engineering Index, publié pour la première fois en 1885. La première date importante de l'histoire de la documentation est celle de la création de l' "Office International de Bibliographie", à Bruxelles  en 1892, par Paul Otlet et Henri Lafontaine.

 

Jacques Chaumier - Les techniques documentaires (QSJ n°1419-1979)

 

n°783
 

       C'était la rencontre classique par excellence. Les deux hommes tiraient la gréco-romaine, ils étaient à peu près d'égale force. La rencontre se prolongea et soudain, sur une prise irrégulière de Visler, Deville se fâcha. La lutte dégénéra immédiatement en terrible " partie de bourre " , selon l'expression consacrée.

       Ambroise et Germain Marseille, mécontents, - il fallait faire le dimanche après-midi une douzaine de reprises de lutte - voulurent séparer les deux hommes et écourter le combat. Le public protesta, Visler et Deville excités par la foule multiplièrent les prises dangereuses, voire même mortelles. Finalement cette partie de gréco-romaine s'acheva en bagarre de cabaret borgne. Les deux lutteurs séparés ne se réconcilièrent pas.

 

Maurice-Ivan Sicard - Mémoires de Jo la Terreur (1934)

 

n°782
 

       Ce livre de recettes n'est pas destiné aux débutants. Il ne peut être utilisé que par ceux de nos lecteurs qui sont familiarisés avec les techniques essentielles de la cuisine. Aucune explication concernant les préparations de base (divers modes de cuisson, sauces, différentes pâtes, etc.) n'est donnée. On trouvera le maximum de renseignements lorsqu'il s'agira d'une préparation typiquement indigène.

      Il est donc possible pour l'amateur d'entreprendre un voyage gastronomique à travers les divers continents. Il saura, selon son gré, faire escale dans chaque pays et déguster un repas complet très original. Naturellement les denrées indiquées en tête de chaque recette sont indispensables. Des maisons spécialisées en produits exotiques et étrangers mettent en vente les légumes, les fruits, les épices expédiés du pays d'origine par la voie des airs.

 

Ginette Mathiot - Cuisine de tous les pays (1965)

 

n°781
 

       Des années ont passé. Un voyageur au chic anglais, qui débarque à berlin, pose au porteur de ses bagages quelques questions sur les gens de la ville qu'il a connus autrefois... -M.Hitler ? Tenez, M.Adolf, vous pouvez le voir là-bas sur cet échafaudage. Il a repris son ancien métier de peintre en bâtiment.  -Ah! Ah! Et Goering qui aimait tant les belles voitures ?  -M.Goering, il a un peu maigri vous savez; il est laveur dans un garage du Kürfürstendam... 

      -Tiens, tiens, et le petit Goebbels ?   -Le boiteux, tenez, le voilà sur la place, qui crie les journaux du soir... Le voyageur se prend à songer puis il allume un cigare.  -Mais, monsieur, qui êtes-vous donc, s'enquiert le porteur, pour avoir connu tous ces gens-là ?  -Je suis Lord Rudolph Hess.

 

Jean Galtier-Boissière - Mon journal pendant l'Occupation  (1944)

 

 

 

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