MAGALMA

 

LECTORIUM

 

 

 

Encore la boîte du bouquiniste ou le carton du libraire d'occasions. Tous genres et éditions pêle-mêle, c'est  l'éclectisme assuré. Un livre au hasard qu'on ouvre à une page plus ou moins quelconque et cette courte lecture qui s'ensuit, généralement de quelques lignes tout au plus. Curieux ou pas mal...Au fait de qui est-ce ? Alors en le refermant on regarde sur la couverture le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage. (Ici ces derniers, dans un même esprit et pour inciter peut-être aux devinettes, ne sont dévoilés que le lendemain).

 

 

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n°761
 

       Au dehors la pluie a cessé,  mais l'automne, en dépouillant son ciel de nuées, a libéré un vent d'est raide et sec qui annonce l'approche de l'hiver. Le jardin n'affecte plus cette apparence hostile et je me suis décidé à lui consacrer une heure quand le soleil, encore relativement tiède, en prend possession. Ce projet avorte d'ailleurs régulièrement. C'est à peine si je pousse une pointe jusqu'aux abords de l'étang.

      Arrivé là, le froid me saisit, je frissonne, je serre autour de moi le foulard de soie sans lequel Elodie me défend de sortir, et je retourne à la maison. Je me dis alors que je reviendrai le lendemain et je n'y reviens pas. Pourquoi ? Je sens que la raison est en dehors de moi. Quelque chose, une force sans doute, estime que je n'ai rien à y faire.

 

Jean Ray - Malpertuis (1962) - (roman)

 

n°760
 

       Les hommes par leur conduite envers les femmes, travaillent à leur donner tous les défauts qu'ils leur reprochent. Adolphe RICARD. ... Nous vivons avec nos défauts comme avec les odeurs que nous portons; nous ne les sentons plus, elles n'incommodent que les autres. Madame de LAMBERT. ... Il y a de certains défauts, qui bien mis en oeuvre, brillent plus que la vertu même... Nous n'avouons de petits défauts que pour persuader que nous n'en avons pas de grands. LA ROCHEFOUCAULD.

       Nos défauts sont les yeux par lesquels nous voyons l'idéal. NIETZSCHE. ... Ne pas employer ses défauts ne signifie pas qu'on ne les a pas. Antonio PORCHIA. ... On appelle défauts ce qui, chez les gens, nous déplaît, et qualités ce qui nous flatte.  Pierre REVERDY. On porte ses défauts comme on porte son corps, sans le sentir. SCHOPENHAUER.

 

Gabriel Pomerand - Le petit philosophe de poche (1962)

 

n°759
 

       Il n'est jamais trop tard pour se nourrir "juste". Non seulement, vous allez retrouver un équilibre physiologique, gage de sérénité, mais vous en retirerez des joies nouvelles; car la cuisine végétarienne n'est ni austère ni triste, mais vivante et multiple, puisque naturelle et riche de tous les produits de la terre. Ce n'est pas une mode mais un mode de vie. En premier lieu, oubliez tout ce que vous savez de la cuisine traditionnelle. Oubliez le manque de protéines. La suralimentation est une caractéristique de l'époque moderne.

       Les céréales complètes et autres aliments tels que les légumineuses, les oléagineux, le soja, etc. , ont une composition en acides aminés et protéines comparable à celle de la viande. Ces aliments ont, en outre, l'avantage d'être plus purs que les produits d'origine animale. Vous pouvez chasser de votre esprit l'obsession de la viande, c'est l'aliment qui contient le plus de toxines car on force trop souvent la croissance des animaux à l'aide d'antibiotiques, hormones et aliments chimiques. 

 

Charlotte Boistel Bombeke - Le végétarien gastronome (1979)

 

n°758
 

       Préfleury rentrait un soir chez lui, non sans peine car il habitait au sixième. Tout en montant, il ressassait une fois de plus, ces derniers temps plus que jamais, tout ce qu'il y avait de pénible en da vie solitaire : ne devait-il pas gravir, et comme en se cachant, ces six étages pour atteindre le logement désert et, là haut, endosser, aussi secrètement, sa robe de chambre, puis allumer sa pipe, parcourir le périodique en dégustant un kirsch de sa fabrication et finalement s'aller coucher au bout d'une demi-heure, non sans avoir dû refaire son lit qu'au mépris de toutes ses instructions sa femme de ménage s'obstinait à faire comme bon lui semblait ?

       Le plus quelconque des compagnons, le plus humble témoin eût été une bénédiction ! Il avait déjà pensé à un petit chien. Voilà un animal amusant, reconnaissant, fidèle surtout ! Un de ses collègues en avait un.  

 

Franz Kafka (1883-1924) - Le vieux garçon - (nouvelle)

 

n°757
 

       Et il arriva que moi, Néphi, après avoir été ravi en esprit et vu toutes ces choses, je revins à la tente de mon père. Et je vis mes frères se disputer entre eux sur les choses que mon père leur avait dites. Car, en vérité, il leur avait dit beaucoup de grandes choses, difficiles à comprendre si l'on n'a point recours au Seigneur; et comme ils avaient le coeur dur, ils ne se tournaient point vers le Seigneur comme ils le devaient.

       Alors moi, Néphi, je fus affligé de la dureté de leur coeur, ainsi que des choses que j'avais vues, et que je savais devoir arriver inévitablement, à cause de la grande perversité des enfants des hommes. Et je fus donc abattu par mes afflictions, car je considérais que mes afflictions étaient les plus grandes de toutes, à cause des destructions  de mon peuple, car j'avais vu sa chute.

 

Mormon - Le Livre de Mormon (1830)

 

n°756
 

       Dans le monde entier, on peut se faire entendre par gestes. En Inde, impossible. Vous faites signe que vous êtes pressé, qu'il faut aller vite, vous agitez les bras d'une façon que le monde entier comprend, le monde entier, mais pas l'Hindou. Il ne devine pas. Il n'est même pas sûr que ce soit un geste. Quelle oppression également que leur simple présence!

       Quel soulagement quand on arrive chez les Népalais, quand on voit un sourire, le sourire naturel qui vient à vous, qui attend de vous son retour heureux, et vous prie de vous désimprégner, de vous départir, par charité, de votre méditation. Ce sourire du Népalais, le plus exquis que je connaisse, exquis, pas excessif, pas troublant, mais ravi, sans arrière-pensée, pur.

 

Henri Michaux - Un barbare en Asie (1933)

 

n°755
 

      "Il est, monsieur le Premier Ministre, des mots qui sont à la mode, tels ceux "d'action psychologique" . Il s'agit là d'une révélation. Révélation, semble-t-il, qui étonna un certain nombre d'officiers bien pensants et bien attentionnés lorsqu'ils furent mis au contact  des dures réalités de l'Asie. L'action psychologique ne dispose que d'un levier, un seul levier, pour entraîner, pour soulever, pour conduire à travers l'histoire les peuples de la terre et ce levier porte un seul nom, l'espérance (...). L'espérance dans la justice, l'espérance dans le bonheur, l'espérance dans la liberté !

      Mais ni la guerre, ni la domination, ni la ségrégation, ni le fanatisme ni non plus, monsieur le Premier ministre, ces projets de loi que vous nous soumettez et qui ne sont que les timides témoignages d'une politique qui n'ose même pas dire son nom."

 

François Mitterrand - Politique (1977)

 

n°754
 

       Le car des flics. Il était bel et bien arrêté là, devant la grande entrée, ce qu'il y faisait ça n'était pas marqué dessus mais ça ne pouvait être que pour moi. Qui sait s'il n'y en avait pas dissimulés à l'autre entrée, montant la garde, et en tout cas j'avais déjà eu le réflexe et pris la petite rue. Probablement ils ne m'avaient pas vu, mais j'écoutais tout de même si la voiture arrivait derrière moi, on ne sait pas, normalement ils doivent y voir la nuit pour faire ce métier. Une voiture venait du reste.

        Ce qu'il ne fallait pas c'était courir, je ne sais pas pourquoi mes sales jambes avient voulu se prendre à mon cou, j'avais du mal à les tenir au sol. J'arrivais au coin du tabac, je leur ordonnai d'entrer là et d'y rester, et je me mis devant le stand, tournant le dos et ayant l'air du type qui vient tout simplement  chercher son paquet de gauloises, que j'achetai du reste (vraisemblance) et puis j'en avais plus (nécessité). C'était une 2CV, j'aurais pu reconnaître le bruit merde, voilà comment on perd son sang-froid. Mon sale coeur battait.

 

Christiane Rochefort - Printemps au parking (1969) - (roman)

 

n°753
 

       Le conseil de patrouille promettait d'être tumultueux. Ils descendirent au bord de la rivière, dans le merveilleux dédale des îlots, des lianes et des grands roseaux qu'ils avaient aperçus en arrivant au domaine. -On aura la rivière sous la main pour calmer les esprits échauffés, annonça Xavier. Ils s'assirent sur une petite plage de sable au soleil, derrière eux le grand barrage bruissait. -La parole est à Jean-Pierre pour lecture de sa déclaration annonça solennel-lement le C.P. - Enfin ! lança le détective qui trépignait d'impatience. Si vous n'aviez pas fait les imbéciles depuis ce matin, nous n'aurions pas perdu un temps précieux.

       -Un temps précieux pour quoi ? -Vous allez le savoir, et vous regretterez de vous être payé ma tête ! Le ton était soudain si tragique que les scouts demeurèrent interloqués. Jean-Pierre était sûr de son effet. -Cette nuit dans la ga-lerie...j'ai revu le gosse du relais. -Hein ? -Le gosse du relais, le cavalier de la forêt...J'en suis sûr, je ne peux pas me tromper, il a sauté par une fenêtre, pour tomber juste sur le microbe de douze ans d'hier soir.

 

Jean-Louis Foncine - Le relais de la Chance au Roy (1994) - ("Signe de piste" roman d'aventures jeunesse)

 

n°752
 

       Lorsqu'il sort de l'école, il entre dans la vie comme dans un pays ennemi, sachant dès le premier moment quelle est la lutte qui l'attend, lui, le trop fragile humain. Même quand il est encore dans la diligence aux roues grondantes, il écrit - ce qui est assez symbolique - l'hymne intitulé "Le Destin" et qui est dédié à la "Mère des Héros, la Nécessité aux bras d'airain".Au moment du départ, le jeune homme au magique pressentiment est déjà prêt pour la catastrophe.

       En réalité, tout a été pour lui disposé le mieux du monde, Schiller lui-même, puisque le candidat vicaire refusait absolument d'exaucer le voeu maternel qui voulait faire de lui un pasteur, l'a recommandé comme précepteur à Charlotte von Kalb; nulle part, dans les trente provinces qu'avait alors l'Allemagne, cet exalté de vingt-quatre ans ne peut espérer trouver une maison où l'on honore autant l'enthousiasme et où l'on soit autant capable de comprendre la nerveuse sensibilité.

 

Stefan Zweig - Le combat avec le démon (Hölderlin) (1925) - (essai)

 

n°751
 

       Le maître de Villa Ramiro a dit que c'était une aurore boréale. Grand-père avait passé son pardessus sur son pyjama. Les gens se pressaient sur la grand-place. Quand le maître a parlé ils se sont tus. M. le curé a dit que les révolutionnaires avaient mis le feu à la forêt. Grand-père me tenait par la main. La grand-place était pleine de gens. Ils se sont tus quand le curé a parlé. Dans la nuit on voyait une grande lueur rouge qui s'étendait dans le ciel.

      Le maître a lu dans le livre la définition de l'aurore boréale. Grand-père, en chaussons,  a écouté sans rien dire. La grand-place était pleine de gens qui venaient de sortir du lit. Dès que le maître a eu fini de parler ils se sont mis à faire des commentaires. M. le curé a dit que les anarchistes avaient mis le feu à la forêt. Grand-père ne me lâchait pas la main. La grand-place était pleine de gens.               

 

Arrabal - Viva la muerte - Baal Babylone (1971) - (roman)

 

 

 

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