TOM REG    "Mini-contes drolatiques et déroutants"     page 6 

 

 

n°97                  Sa petite tête d'oiseau  (ou  L'autre Schpountz )

                        Un jeune homme déprime sa mère à force de lui faire part de ses idées géniales (et des projets qui vont avec) dont il ne semble, le temps passant, ne jamais rien vouloir  tirer de concret. Mais il en donne parfois des éléments dont la subtilité ou l'originalité peuvent troubler...même s'il parait  souvent plutôt troublé lui-même, toujours confus ou soucieux d'on ne sait quoi...

                        Par contre, il fait la joie de son père qui n'arrête pas de le moquer et d'ironiser à son sujet  dès qu'il fait mine de lui signifier ses projets d'activités supérieures et distinguées...Par exemple à l'assertion : 

                      -"Père, je veux être chercheur en science atomique et auteur de livres de théories"  ou autres éventualités du même type, à quoi le père répond " Moi aussi ! " et quitte aussitôt la pièce en susurrant un petit air ou en sifflant faux.

                        Un jour le père vient trouver son fils encore plus ou moins en train de rêver à sa belle existence à venir et à tous ses petits atomiums :

                      -"Dis-donc, fils, tu sais qu'ils repassent un film formidable au Kursaal, avec ce grand comique chevalin  qui n'est pas de ton époque, m'enfin c'est très drôle tu sais...Je suis sûr que tu ne l'as pas vu, il faut absolument y aller ! Figure-toi que c'est un type qui s'imagine avoir un immense talent de comédien, dont tout le monde se moque et auquel on fait croire qu'un réalisateur de cinéma le trouve génial et qu'en vue de le prendre dans son prochain film, il va le soumettre pour la forme à des bouts d'essai...

                      -"Et tu crois, père, que moi aussi je...

                      -"Mais fils, ne va surtout pas t'imaginer! Cela n'a rien à voir avec toi, voyons... tu t'en doutes bien puisque le personnage lui se croit comédien, c'est le monde du cinéma ! On est loin des molécules qui se fondent ou s'accrochent en tournoyant et autres roueries de la matière qui depuis longtemps te sont familières et sur quoi tu entends fonder toi ta belle carrière scientifique et toutes tes prérogatives ! Le "Schpountz" c'est quand même différent, allons! 

                      -"Je te crois, père...Excuse-moi si j'ai pensé un moment que de moi tu te..."

                   Et le fils se rend donc à cette projection, tout heureux que son père ait enfin songé à ses loisirs et spécialement, lui semblait-il, sans sous-entendus moqueurs  ou allusions vexantes... Mais il est surtout ému en pensant que  jamais encore son père ne lui avait conseillé quoi que ce soit en matière de cinéma, de lecture ou  de tout centre d'intérêt en général...! Et puis il a presque la larme à l'œil en se disant que c'était peut-être même la première fois qu'il semblait tout simplement lui avoir parlé sérieusement...

                   Il va sans doute bientôt savoir  ce que son père pense réellement de lui... "Le Schpountz"! L'affiche est là sur le mur ! Chevalin oui...et des yeux globuleux mais c'est déjà mieux que sa petite tête d'oiseau à lui dont son père dans ses allusions à son sujet l'avait doté comme définitivement ! Et puis on lui a bien dit de faire taire pour une fois son ego, son orgueil mal placé,  et de ne se sentir visé par rien du tout, alors ! Comme il aimerait pourtant se sentir tout à fait en confiance ! Rire à ce film un bon coup et sans arrière-pensées ! De qui se moque-t-on exactement au juste ? Une recommandation de son père d'accord, et même d'un seul coup devenu sérieux à son égard ...Mais alors, précisément, pourquoi cet air tragique de sa part, cette soudaine absence de bouffonnerie et de ton rigolard, et même une certaine tristesse, une ombre de chagrin en regardant son fils, s'il s'agit d'un film comique ?

                      -"Tu dois voir les choses telles qu'elles sont, sans t'imaginer quoi que ce soit !" lui a-t-il encore dit en matière de conclusion. "Va mon fils, et surtout  ne manque pas le rendez-vous que je te donne  avec toi-même sur l'écran de ce cinéma où tu ne te verras pas mais où tu te reconnaitras!"

                      -"Pour cela, je t'en serai sûrement reconnaissant...euh... à "vie père"  !!!

      

n°98            La route  ( ou Les bruits du torrent )

                    Dans un chalet qu'il a fait construire à l'écart de tout, en pleine montagne, sous la langue étincelante d'un glacier qui fond par l'énigme familière d'un après-midi de juillet, un personnage solitaire goûte peut-être ses derniers jours de silence et de tranquillité...

                    Les autorités du Canton auraient décidé la construction  d'une route et d'un tunnel pour relier les deux vallées...La route doit passer à proximité du chalet, mais tout de même semble-t-il relativement loin...Rien n'est vraiment sûr...On dit même que le projet serait déjà tout simplement abandonné !

                    Mais un matin, il aperçoit des gens de la ville (il était lui-même citadin autrefois, il les reconnaît tout de suite) arpenter les prés alentour, fouler des éboulis, avec des appareils de mesure...Heureusement le chantier mobile semble encore loin... Du village en contrebas il paraît qu'on entend, de temps à autre, des explosions et des bruits de terrassement...

                    Pour l'instant encore autour du chalet ne règnent que les bruits du torrent, du vent dans les mélèzes, des oiseaux-hélices, des insectes nasillards et cupriphores, des cloches de vaches trop lointaines pour être vues...Arriveront-ils ici avant la mauvaise saison ?...Ce n'est pas certain...Il paraît que par là-haut, de l'autre côté de la crête, on aperçoit quelque chose...  "On voit un peu de poussière qui vole c'est tout ! "

                    Il décide d'aller jeter un coup d'œil, mais ne voit rien car le brouillard est monté soudainement de la vallée ! Il lui a semblé entendre, mêlé aux bruits du torrent et du vent dans les sapins, comme des ronronnements de moteur et des martèlements, des pioches aussi peut-être, tout près, à même la pente, juste devant lui, derrière le rideau de brume !

                     Quelque temps après, il entend très nettement et comme presque à côté de chez lui,   des marteaux-piqueurs... Mais ce n'est qu'un voisin qui fait installer une citerne de fuel juste avant l'hiver !

                      Rien ne vient. Cette route ( par laquelle devait passer un trafic international de poids lourds) ne serait-elle qu'un mythe ? Le personnage se plairait-il à imaginer tout cela ? Non, pas du tout ! Au village il obtient  d'ailleurs facilement des précisions complémentaires sur ce projet qui alimente déjà depuis longtemps les conversations...

                      -"Oui, il a bien été question d'une route, mais elle passera beaucoup plus bas, ne montera pas jusqu'ici et même pourrait rester à serpenter indéfiniment au fond de la vallée...une sorte de route écologique si vous voulez, qui ne mène nulle part ! L'histoire du trafic de poids lourds, c'était pour obtenir des crédits, pour mieux leurrer des responsables. A présent que le budget est acquis, les travaux vont pouvoir commencer ! Mais rien à craindre, en fait on la verra à peine et elle sera bien vite oubliée ! C'est une route qui ne fera que passer ! "

                      -"Et le tunnel ? Y avait bien un tunnel quand même !...

                      - Il a déjà été comblé et ne sera pas recreusé ne figurant pas au nouveau budget !"

                    Mais alors tous ces gens de la ville qui sont venus en escouades successives, il les a bien vus tout de même avec leurs vestons et leurs crayons sur l'oreille ? Et bien ce serait maintenant juste pour construire un nouveau chalet ou même des employés des Eaux et Forêts qui se seraient perdus ou trompés de bassin de retenue au cours de leur tournée !  Quant au bulldozer dont on a vu la raclette pointer une fois dans le brouillard, ce serait pour la construction d'une station-service, d'un entrepôt de meubles ou même d'un centre à engraisser les cochons, beaucoup plus bas...

                    Rien ne passe...Rien ne se passe... Les sonorités de la montagne n'en ont que plus d'acuité ! Certains soirs,  après l'orage, le torrent vous déverse de ces bruits d'engins ou de machines  ! 

                     

n°99                 Ecriture à long terme ( ou  Le tapotis )

                    Il est une fois encore descendu de sa chambre aux premiers rayons...Il sort de son tiroir la fameuse page blanche qu'il pose doucement sur la table ainsi que son stylo avec lequel il tapote un instant, songeur, avant de le placer, délicatement,  toujours fermé, bien parallèle à la feuille. Après quoi il se lève lentement, va sur le perron et s'adossant à la maison tout près de la porte, plisse les yeux en regardant le soleil, replie une jambe et met son pied contre le mur... Il restera ainsi sans bouger, sans rien faire de plus,  au moins jusqu'à midi, une heure, deux heures et plus tard encore dans l'après-midi, et même (si l'orage vient) toute la soirée... comme tous les jours ! Tout le temps !

 

 n° 100             Isobar  ( ou Les pizzas )

                    Isobar Thalvet quitte un environnement urbain assez mal défini, tout comme la vie qu'il paraissait y mener, pour se rendre au bord de la mer dans une petite station balnéaire dont le yacht-club cherche un employé qui s'occuperait matin, midi et soir, d'écouter simplement le bulletin météo et de le transcrire sur une ardoise à l'entrée des bureaux du club situés sur la plage, locaux dans lesquels il pourra disposer d'une couchette pour la nuit...

                    Engagé pour la période du 15 juin au 15 septembre, il sait aussi qu'il a enfin trouvé l'occupation rêvée de son existence !

                    Donc chaque jour, il recopie à la craie sur l'ardoise, le bulletin du matin puis celui de l'après-midi et enfin celui pour la nuit à venir...Quand il songe aux emplois tarabiscotés et prétentieux qu'il s'échinait à vouloir trouver dans la grande ville, il est pris de pitié pour la vanité stupide dont il faisait preuve !

                    Pour ses repas il dispose de tickets à valoir chez le marchand de pizzas dont le comptoir donne sur la plage et qui propose vingt-cinq variétés différentes...Quelle aubaine là aussi ! La pizza ! Son seul véritable aliment depuis toujours ! Il se demande s'il n'est pas venu ici spécialement pour découvrir la variante exclusive "Herbes océanes" ...

                    Il doit aussi donner l'alerte en cas de tempête ou d'orage ( d'une part en soufflant dans une conque, d'autre  part en appuyant sur la sonnette qui réveille au sous-sol l'informaticien ) afin de pouvoir faire revenir les voiliers au plus vite, de tirer au sec les pédalos à rames et de ranger les parasols...Quelle vie admirable, riche de tout ce qui se passera peut-être, de ce qu'il aura à annoncer un jour, de la conque qu'il n'a jamais vue car il faudra seulement la sortir alors de sa housse dont on doit lui préciser bientôt l'emplacement exact et le moyen, grosso modo, déjà de la reconnaître et, qui sait, de s'en servir...

                    Quel bonheur mais trop bref ! Comment arriver à prolonger cet emploi saisonnier ?  Rester pour l'hiver ?

                       -"Non c'est impossible, hors saison ici tout est fermé !  Y a rien ! "                       

                     Tout seul !  Il continuera à marquer le temps  sur la petite ardoise, tout seul et pour rien! Elle s'agitera autour de sa ficelle comme lui en plein vent où sa couchette le long des locaux vidés et barricadés  sera devenue couchage à même le sable...Un sable déserté par les vacanciers...Sans voiliers, sans pédalos, sans parasols, sans pizzas...Sans pizzas ?... Sans pizzas!...Sans pizzas !?...!?!

 

n° 101               Rien que des sosies !  ( ou  Tout le monde peut se tromper )

                     Un personnage ne ressemblant à personne monte une agence spécialisée dans la recherche de sosies de personnalités du monde du spectacle ou de la politique...

                      Il reçoit les candidats dans son bureau et s'aperçoit  vite que les soi-disant sosies n'ont qu'une ressemblance physique très lointaine  avec les vedettes dont ils croient être les doubles exacts...En plus, ils ont des arguments péremptoires, des explications presque touchantes pour tenter de réchauffer la tiédeur gênée que suscite leur apparition censée être stupéfiante d'illusion.

                      - "En réalité mon nez est plus court, c'est votre éclairage qui le rallonge !

                      - Je suis beaucoup plus grand, c'est votre fauteuil qui est trop bas !

                      - J'ai l'air d'être blond aux yeux bleus alors que je suis, quand il n'y a pas d'affiches trop sombres aux murs comme ici, un vrai noir aux yeux bruns !

                      - Si vous me faisiez vraiment confiance, je vous ferais Greta Garbo et Gary Cooper réunis! "

                      En fait,  ils n'illusionnent qu'eux-mêmes ! Mais au lieu de les dissuader, au risque de les vexer inutilement, il a tendance au contraire à les conforter dans l' illusion qu'ils ont d'eux-mêmes. Et à ce point qu'il en vient à décider d'inverser sa démarche : il va faire croire à des gens quelconques qui ne demandent rien qu'ils sont des sosies parfaits de célébrités !

                      Il a découvert qu'il avait le don d'arriver à persuader quiconque d'être un sosie parfait qui s'ignore ! Et c'est bien ce qui compte en la matière ! Ce n'est nullement la vraie ressemblance, c'est ce que les autres vous en disent s'ils sont suffisamment persuasifs ! Et même, dans ces cas-là, on arrive à faire naître des similitudes de maintien, d'allure et de comportement chez des gens présentant un physique antagoniste à celui du modèle visé...

                      Un samedi après-midi, à la Samaritaine il achète une belle enseigne sur laquelle il peint en tirant la langue de l'air le plus bête possible (pour être bien sûr de ne ressembler qu'à lui-même) :

                                                        "AU SOSIE UNIVERSEL"

                                                             -Similitude et Illusion-

                                                             

                      Comme il recherche alors, dans la foule, les antagonistes !

                       -Oh ce petit bonhomme à moustache, tout menu, sautillant, à chapeau mou et pantalon de clown trop large, je vais en faire pour lui-même et pour les autres, John Wayne !

                       -Oh ce malabar à la démarche chaloupée, aux gros bras ramant autour des hanches, au grand chapeau de cow-boy et au regard perçant, je vais en faire pour lui-même et pour les autres, Charlie Chaplin, Charlot ! 

 

n° 102                Déjà chez soi (ou  Revenez quand vous voulez ! )

                       Un jeune couple n'ayant encore jamais eu de "chez soi" visite des appartements...Certains sont vides...Ils lient conversation quelquefois avec d'autres visiteurs...

                       Certains logements sont occupés et ils font alors connaissance avec les occupants qui leur proposent de s'asseoir parmi eux, de faire salon sans manière, de passer le sucre à ceux qui en demandent, etc... Au bout d'un moment, ils semblent même presque installés, comme à demeure...

                       Cette fois-ci les occupants les ont même laissés  dans l'appartement pour quelques instants ou quelques heures, le temps d'aller faire une course ou on ne sait quoi, quelque démarche apparemment... (Mais pourquoi ont-ils emporté des cannes à pêche et un lance-pierres ?)

                       Ils en mettent du temps à revenir !  Peut-être ne reviendront-ils pas ? Sont-ils bien sûrs alors, nos tourtereaux, de ne pas être déjà chez eux chez ces gens partis? Quelque chose leur a peut-être échappé, une formalité qu'ils n'ont pas remarquée, qu'ils auront accomplie machinalement...Mais oui, il y a eu cette grande réforme de l'Administration qui a tout emporté, tout simplifié ! ...C'est général, on est plus vite chez soi qu'avant !...Ils se croient déjà chez eux !... "Chez nous ! Chéri comme on est bien chez nous ! "

                       On entend le bruit d'un premier carreau qui se brise...

                      

n° 103                L'agoraphile ( ou Les petites ruelles )                     Un

                        Théophile Letarquin a une passion pour les places des grandes villes. Surtout les antiques champs de Mars (il n'ignore pas que son nom lui vient d'un ancien roi de Rome). Il adore les traverser à pied, en flânant, en virevoltant, en se baissant pour les effleurer, leur faire du genou, leur palper, selon la saison, la poussière sableuse ou les feuilles d'automne...

                         Des grandes villes mais aussi des petites, surtout s'il y a des fontaines...Ah! les places à fontaines et leur doux murmure, juste recouvert  par le tonnerre strident des klaxons et des moteurs emballés, des chaudrons qui tombent des mains des passementiers !...Ah! la Saint-Sulpice et ses sirènes de pompiers ! La Plazza Mayor et ses piétons aux sabots de feu et aux naseaux mugissants !

                        Il s'entretient de tout cela avec un ami auquel il projette des diapositives sur ses places préférées de par le monde. L'ami en question a, pour sa part, horreur de sortir de chez lui, horreur des places, à fontaines ou non,  et pour cause il est agoraphobe !

                         - "Regarde bien ! Tu la vois celle-là ?... Vise un peu cette grande place en pleine lumière, grouillante de monde ! On dirait qu'ils vont vous bousculer, vous renverser, vous piétiner non ? "

                        L'autre se lève hagard et chancelant...Combien de temps va-t-il encore se livrer à ce petit jeu cruel envers cet ancien collègue de bureau, qui plus est ex-compagnon de renfoncement et de demi-jour dans un sous-sol de ministère où il s'était réfugié justement pour son exigüité rassurante et auquel il voue plutôt de la sympathie ?

                        Mais qu'on ne se méprenne pas, notre Théophile a tout prévu ! Il s'empresse de nourrir la lanterne avec des vues de minuscules ruelles dans des sortes de souks aux recoins ténébreux !  Et aussitôt le collègue est comme ragaillardi et revient calmement s'asseoir pour regarder la suite de la  projection ! Toutes ces minuscules voies de cheminement, ces petits passages obscurs qu'il lui réservait au cas où ! Il avait pensé à tout. Et oui, c'était juste histoire de taquiner ! D'ailleurs notre Théophile  ignorait si ce désagrément, et son remède, pouvaient se produire dans des circonstances aussi virtuelles, simplement projectives...

                         - "C'est Letaquin que tu devrais t'appeler ! Tu es bien le roi des plaisantins !" 

(Cela dit avec une sorte d'accent suisse chantonnant qui rend l'atmosphère, redevenue très détendue, tout à fait bon enfant).

                        

n° 104                Les fulgurites (ou  Tous nés de l'orage )

                       Un jeune homme arrive dans une petite ville de montagne, en plein été, pour y étudier les orages !...Comment se forment-ils ? Comment éclatent-ils ?  Pourquoi certains n'éclatent-ils pas ?

                        Et puis la beauté majestueuse de ces énormes nuages aux tourelles éblouissantes lancées dans le bleu-nuit du ciel bien au-dessus  de la Tête-à-Pierre-Grepp (2920m)  ou même des Diablerets (3260m) ! On les trouve menaçantes ces nues, mais elles donnent plutôt envie de les suivre, de les imiter, de s'élever dans les airs, d'en finir une bonne fois pour toutes avec les choses d' ici-bas, de grimper dans un ballon captif et de le libérer sur-le-champ  ! D'en devenir  la colonne montante, de voir tout rapetisser ! De grandir soi-même et se retrouver tout en haut du nuage, sur l'enclume glacée, Jupiter capillatus, auto-foudroyé, tonnant et glissant !

                        Il regarde ces météores d'un autre œil depuis qu'il sait que des savants leur attribuent  la faculté d'engendrer la vie...Ils seraient en effet à l'origine des toutes premières formes du vivant sur Terre ! Après un orage, comment savoir ce qu'il a peut-être engendré ?

                        En tout cas, lui, il les connaît  les fulgurites ! Et pas qu'un peu, il en a dans sa poche, dans son sac, en tailles variées ! Il faut dire qu'il n'a pas son pareil pour trouver ces raretés minérales, ces drôles de tubes  translucides et luisants qui se forment quand la foudre tombe sur un sol sableux et le vitrifie sur toute la longueur qu'elle a pénétrée ! 

                        Les fulgurites, les enfants de l'orage, nos trop rares sœurs ! Ces éclairs enterrés !

 

n° 105                  Retour à l'éolien  (ou  Taisons-nous...la mer ! )

                        Un homme participe à un dîner ...Que fait-il au juste parmi cette dizaine de convives ?

                        Au début, il semble qu'on attende de lui un témoignage ou un récit, des détails concernant un évènement ou une anecdote...Mais à chaque fois qu'on s'adresse à lui, il s'arrange toujours pour détourner la conversation et orienter la teneur des propos sur une autre voie...( "Que me veut-on au juste ? Que disent-ils ? Je ne les comprends pas ! " )

                        A partir du fromage, les choses s'inversent...C'est lui désormais qui essaie d'amener la  conversation générale sur un certain point que les autres convives font tout , à leur tour, pour écarter à chaque fois, se mettant à en venir à des sujets de plus en plus futiles ou grotesques...( "Que nous veut-il ce type-là ? Que dit-il exactement ? Je ne saisis pas ce qu'il veut signifier ! " )

                        Après un brouhaha des plus consternants, de plus en plus confus et inintelligible, on voit un participant se lever lentement et joignant le geste à la parole, déclarer doucement :

                        - "Chutt!...Mes amis, taisons-nous... c'est l'heure ! "

                        - " Permettez, je n'avais pas fini ! Je faisais allusion à ...je cherchais une expression rare pour mieux me faire comprendre..."

                        - "Cher ami, vos allusions, vos expressions, désormais..."

                        - "Il est question d'un retour à l'éolien je crois..."

                        - "Oui, à la langue primordiale !"

                        L'homme debout  quitte alors l'assistance et revient avec un poste de radio qu'il pose au milieu de la table,  en tourne le bouton. La voix d'un speaker se fait entendre aussitôt :

                        - "Chers auditeurs, voici venue l'heure cette fois. Nous réclamons le silence absolu et définitif pour notre émission désormais permanente..."

                         Effectivement, on n'entendra plus dorénavant que, en un petit ressac éternel, doux et moelleux comme une langue, engendré depuis la nuit des temps par le vent, et qui émanera pour toujours du poste, le bruit de la mer...

                          

n° 106               Vestalet  ( ou Le feu à transmettre ) 

                         Ignace Vestalet a conservé toute sa vie, au plus profond du sous-sol de sa maison, en l'entretenant religieusement afin qu'il ne s'éteigne, le feu de la foudre qui, une nuit dans sa jeunesse, est tombée sur l'arbre de son jardin en l'enflammant...

                         Malgré toutes les années,  il ne s'en est jamais servi en aucune manière (il ne fume ni ne pratique le barbecue ou la plumaison des dindes) et l'a toujours tenu secret...

                         Un soir, à la fin d'une vie de solitude et d'isolement, de renoncement mal compensé et d'auto-frustration en rien sublimée,  comme il rentrait chez lui peut-être pour la dernière fois, exténué, au bout du rouleau, revenu de tout sans être jamais allé nulle part, voilà que du fin fond d'un de ces couloirs toujours déserts du métro quelqu'un l'aborde enfin et lui demande :

                         -"Pardon monsieur, auriez-vous du feu ? "

        

n° 107                Les Chronos et les Baros ( ou Décrochez-moi ça ! )

                         Dans une société imaginaire (mais pas tant que ça), deux partis : les "Chronos" et les "Baros" , respectivement partisans du temps astronomique et du temps météorologique...

                         Drôle de pays où le calendrier change chaque année en fonction de l'influence plus ou moins prépondérante  de l'un ou de l'autre de ces deux partis. Il y a certaines années des "coalitions" ou même des "cohabitations" entre les deux façons d'envisager le temps, avec dans les rues et aux frontons des immeubles officiels, ça et là, simultanément  des horloges et des baromètres ! La pagaille est alors à son comble ! Pensez aux gares qui n'obéissent pas au même système ! Des trains ne  partent que sur "Beau Temps" ou n'arrivent que sur "Pluie" (les attentes dans les wagons sous le soleil en rase campagne que quelques gouttes ou même un simple crachin veuillent bien tomber du ciel paraissent interminables aux malheureux passagers qui, même s'ils ont voté pour eux, maudissent les Baros d'une haine ténébreuse et déshydratée) ou bien n'arrivent pas du tout si  les aiguilles se mettent sur "Variable" et ignorent alors tout des trains du système "Chrono" ! Il n' y a plus du tout de correspondances ! Les passages ne sont plus à niveau !

                         Mais quand l'un des deux partis  revient seul au pouvoir, les choses paraissent rentrer dans l'ordre. Par exemple, si les Baros l'ont emporté , on décroche aussitôt, non sans  un certain agacement, les horloges pour les remplacer toutes par des baromètres !  Au premier  "Beau Fixe", tous les trains démarrent partout en même temps !  Et si les arrivées ont lieu sous un ciel plus qu'incertain , les choses fonctionnent relativement bien même si les "Chronos" se remettent déjà à vitupérer !

                         Et comme on n'arrête pas le progrès, on vit arriver une sorte de prophète échevelé qui prétendit pouvoir améliorer la situation générale en remplaçant simplement les baromètres par des hygromètres à cheveux ! Il avait déjà déposé les statuts du nouveau parti des "Hygros" !  Ils estimaient pour leur part que le rythme des activités pouvait très bien être basé seulement sur le taux d'humidité de l'atmosphère !

                         On aurait pu en rester là dans le domaine des contingences sociales cafouilleuses mais  relativement stables, s'il n'était apparu une sorte d'ultime mage-trublion, dont le bâton de pèlerin n'était ni plus ni moins que le brave thermomètre et qui proposait en l'intégrant à l'hygromètre de baser tout le système sur l'euphorie, avec implantation générale sur tous les frontons de l'euphorimètre ! Les "Euphoriques" allaient-ils voir le jour et l'emporter, c'est à dire tout emporter, tout faire s'écrouler ?

                         A ce stade de risque d'implosion sociale, une vigoureuse réaction de la part de ceux qui étaient pour en revenir strictement aux bonnes vieilles horloges eut lieu. Désormais, les "Atmosphériques" (toutes tendances confondues) furent balayés comme par un grand souffle et un puissant Maître saturnien fit en sorte que seul le temps astronomique des astres et des comètes régnât sur  Terre. Une mélancolie cosmique s'imposait après cette euphorie atmosphérique désormais partout fustigée.

                         - "L'époque des changements de temps perpétuels est révolue!  Les incessants "décrochez-moi ça !" ont vécu...Seules les horloges fixées pour toujours, remontées à jamais, un peu lentes, et même ralenties pour une usure moins rapide,  mais d'une régularité absolue, garniront à nouveau les frontons de tous les édifices ! "    

                          Une sorte de mécanique d'applaudissements se mit à crépiter puis parut s'enrayer. L'air se figea comme pour une longue période. Au ciel de nuit, les étoiles cessèrent même de scintiller, preuve intangible qu'on était bien de retour, et pour longtemps, dans une nouvelle ère de temps cosmique où les frémissements de l'atmosphère ne sont pas pris en compte...

                          Pour si longtemps que cela ? On rapporte que des "Atmosphériques", se sentant, à grand  tort,  déjà  libérés des contraintes, avaient recommencé à souffler, à s'époumoner secrètement, d'abord de nuit,  sur les feuilles des branches dans des sous-bois ou même sur des manches à air pleines de poussière, dans l'espoir, sans doute vain, de déclencher  quelque chose, de provoquer un nouveau changement de temps...! 

                          Pour décourager toute tentative de nouvelles "souffleries" , le Grand Saturnien, faux tyran mais vrai vieillard barbu et taciturne, promit des plaines couvertes d'arbres morts ! Il fit claquemurer les manches à air et tordre les girouettes ! ...Tous les télescopes furent pointés sur la voûte céleste et ses comètes verdâtres et figées... Le grand hiver astronomique pouvait commencer !

                          

n° 108                  Le dépôt-vente  ( ou  Les affres du bouquiniste )

                         Les soucis d'un bouquiniste sur les quais à l'annonce d'une tempête d'ouest. ( Et il est particulièrement exposé puisqu'il est le premier à partir de l'ouest ! )

                         Quand vais-je fermer ? Certains collègues commencent déjà à plier bagage... Ne pas se précipiter, d'autant que justement,  il devrait y avoir peu de précipitations et essentiellement venter ! Tenir le coup ? Rester tout de même ? Jusqu'à une certaine limite ? Jusqu'à ce que les livres commencent à s'ouvrir tout seuls ?

                         Je pourrais toujours au début les refermer aussitôt un à un, et attendre que l'ouverture fût plus générale...Où sont ces petites pinces qui étaient si pratiques et ces espèces de trombones qui aident à retenir les couvertures sur le point de s'envoler ? Est-il encore temps de les chercher ? Je pourrais arrimer les plus précieux, les plus rares...Et les gravures ? Les gravures qui sont en plein vent, qui reçoivent en raison de leur surface toute la pression éolienne et qu'il est presque impossible de protéger, de sauver du décollage définitif !

                         Ecouter à nouveau le bulletin météo et voir venir ? Ou s'en aller de suite en laissant tout en plan, sans même fermer la boîte ! Un authentique dépôt-vente au sens propre du terme ! Mais oui, si justement je laissais tout derrière moi  s'envoler ? C'est peut-être la chance de ma vie ! L'ouragan libérateur ! Dire qu'en trois ans je n'ai jamais rien vendu ! Sauf peut-être un lot de bandes dessinées de poche pour adultes, particulièrement médiocres et vulgaires, qu'avait essayé de m'acheter un monsieur très distingué...

                          -" Si, si ! Vous en avez...Elles sont là dans ce carton... "

                          C'était vrai, il y avait un carton! Depuis que j'avais hérité ce commerce comme par miracle  sans avoir rien demandé,  l'avais-je seulement vraiment remarqué? Ce fut lui qui l'ouvrit m'en montrant le contenu  assez  répugnant : dessins bâclés noir et blanc, entre le graffiti de lavabos  et le tract politique ou syndical !

                           Mais surtout ce curieux collectionneur de péplums érotiques de gare, pratiquait une manière de commerce assez curieuse, une sorte de dépôt-vente à l'envers ou à répétition-disparition !          En effet, dès le lendemain, je retrouvais le carton à sa place avec le même contenu qu'il venait rechercher dans la journée en le payant à nouveau, pour le déposer derechef près de ma boîte dans la nuit,  m'obligeant à le lui vendre une fois encore le jour suivant et deux fois plus cher !

                           Ce type de vente, assez peu connu me semble-t-il, est tout à fait épatant, tout bénéfice pour le commerçant et visiblement très jouissif pour le client qui y prend incontestablement un immense plaisir d'un genre toutefois extrêmement maniaque...Mais cela n'a pas duré. Un beau jour, le carton, avec son contenu d'origine, m'est resté sur les bras. Au bout de cinq six fois,  mon client trop distingué, péplommeux en diable,  n'est jamais revenu. Et il est toujours là ce colis dégoûtant ! Il m'a rapporté cent fois sa valeur mais je n'arrive plus à m'en débarrasser !

                            C'est pourquoi cette grande vente, cette grande ventilation qui s'annonce dans le ciel...

                            - "Depuis le décès de votre tante, tous ses livres vous appartiennent désormais. Vous pouvez en disposer ou les vendre si vous voulez. Tenez, installez-vous donc bouquiniste, voici votre licence...On vous a réservé la première boîte sur le quai en venant de l'ouest, sous les branches...Vous y serez bien ! ...Ah, n'oubliez pas un fauteuil de toile ou un transat car il n'y a pas de siège. Allez donc voir un peu, habituez-vous...il  fait  beau là-bas...on entend les clapots du fleuve sans arrêt et aussi le bourdon de la cathédrale de temps à autre ! Oui c'est une excellente idée, même si je sais moi que cela ne marchera pas... Vous êtes mollasson...Vous vous ferez berner, gruger, voler, harceler par les maniaques, vous perdrez tout ! Mais vous  serez heureux quelque temps au  début et c'est cela qui compte...avec cette même illusion, cent fois déçue, que cela va durer toujours !...Allez-y quand même...Un peu de courage! Et puis cette fois, qui sait, cela durera peut-être plus longtemps, très longtemps...En tout cas, je passerai vous voir et souvenez-vous bien, sur le quai, vous serez le premier à partir de l'ouest ! Les meilleurs clients arrivent par là, avec le vent principal ! "  

                             Cette sorte d'agent curateur notarial me serra la main et quoiqu'il se fût engouffré dans l'ombre d'un couloir sans porte, à même la rue mais semblant pourtant  conduire, tout au fond d'une ténèbre, à un bureau, je ne l'ai jamais revu...

                            Aurai-je ici, sur ce quai, en trois ans, exercé réellement le commerce ? Pas sûr.  Ai-je effectué une seule fois un acte de nature commerciale ?  Pas certain. La seule acquisition que j'ai faite, c'est l'achat à un pékin brumeux, un beau matin, d'un ouvrage très cher qu'on m'avait dérobé la veille !  ( Rien d'étonnant ! Pour ne pas voir les gens, j'ai toujours disposé  ma chaise de camping tout au bord de la chaussée, le nez sur le flot des voitures, donc le dos perpétuellement tourné à ma boîte ! De la sorte, comment vouliez-vous commercer en quoi que ce fût, vendre le plus petit opuscule? A force de ne pas voir, croyant ne pas être vu ! )

                            Donc partir enfin, laisser tout cela derrière soi, en l'état, bien ouvert, offert  pour la grande vente ! Le contraire d'un dépôt ! Tout va disparaître ! Dans le grand flux d'ouest !  ( "Le premier à partir de l'ouest !")...Le meilleur client, le vent principal ! 

                           ( Quand il reviendra, un jour, se promener sur le Montebello, ce ne sera pas pour saluer ses anciens collègues qui pour la plupart ont toujours cru que sa boîte n'était pas exploitée tant il s'effaçait de l'intérieur, disparaissait. Non  mais il se verra lui-même, par une sorte d'autoscopie magique, très très vieux, assis dans sa chaise de camping, au bord de la chaussée, le nez dans le flot de la circulation, ronflotant sur une petite bande dessinée médiocre, vulgaire, de péplums érotiques de gare en noir et blanc pour adultes, le dos tourné à sa boîte grande ouverte et entièrement vide ! )

 

n° 109               Le bout de la langue ( ou La langue tout au bout )

                           Monsieur Lombagoux cherche désespérément un mot pour exprimer, pour préciser sa pensée...Voilà plusieurs jours qu'il tourne autour mentalement, qu'il l'a sur le bout de la langue...

                           Il consulte force dictionnaires et lexiques, interroge ses amis, son ancien professeur de lettres (malheureusement sourd et ne répétant plus que sa fameuse phrase "Ma mouche vole, motus!") , ou encore l'animateur d'une célèbre émission littéraire (qui n'a pas apprécié d'être apostrophé dans la rue pour rien du tout!), celui du jeu "Le mot le plus long" (mais si c'était  le plus court justement ?), croise un académicien (qui promenait son chien devant l'Institut en lui disant deux trois mots à l'oreille!), et enfin la caissière du supermarché ("Ya un panneau d'affichage à l'entrée, mettez une annonce!")... Peut-être qu'un mémorialiste?

                           Rien à faire, le mot ne peut pas être débusqué ! L'a-t-il seulement toujours sur le bout de la langue ? Il lui semble qu'il s'est déplacé. Peut-être sur le bout du nez...mais alors là, se connaissant, il sait qu'il ne verra pas plus loin !

                           - "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement ! Si vous avez autant de mal à vous rappeler ce mot c'est que votre pensée n'est pas claire, et peut-être même que vous ne savez pas ce que vous voulez dire ou mieux que vous ne voulez rien dire du tout ! "

                           - "Mais si ! Je sais parfaitement ce que je veux signifier...Cela est on ne peut plus clair ou plus exactement présent, lumineux en mon entendement, cher Leprince...Et finalement, j'ai compris ! Si je ne trouve pas le mot adéquat c'est tout simplement qu'il n'existe pas ! Il me faudra peut-être tout bonnement l'inventer !

                           - "Inventer, vous ? En six mois de bureau de "demi-jour" vous n'avez pas été fichu de concevoir un erguladon, ce n'est pas pour...

                           - "Et peut-être devrais-je auparavant chercher dans une autre langue ! Les langues nordiques sont riches en mots inventifs et subtils, qui n'existent pas ailleurs...Mon bureau était un "renfoncement" monsieur Leprince, même pas un "demi-jour" ! Et un renfoncement paillé et pentu !

                           - "Mais j'y suis, vous devriez visiter Expo-Langues ! Je viens de lire un article étonnant sur une nouvelle langue qui vient d'être créée, entièrement artificielle donc, une sorte d'Espéranto mais mieux car adaptable, transformable selon les circonstances ou l'humeur générale, les mots changeant tout le temps, quasiment universelle donc, du reste c'est l'Universois ! Allez-y donc ! Je suis sûr que vous trouverez ce qu'il vous faut ! Elle comporte des phonèmes qui permettent de transcrire tout mot  dans n'importe quelle langue !"

                           - "Ils ont réinventé le Sumérien ! "

                           A l'entrée, monsieur Lombagoux se renseigne sur l'emplacement du stand de l'Universois.

                           - "Ah oui, oui je vois... alors c'est au fond, au bout de l'allée, la langue tout au bout ! Dépêchez-vous monsieur, car bien que toute récente cette curieuse langue semble déjà en voie d'extinction ! L'Universois, c'est cela ! Vous en êtes du reste le premier visiteur ! A croire qu'elle n'est là que pour vous ! Un tout petit stand, minuscule, tout au bout ! Vous verrez il y a un prospectus, je crois....

                            - "En quelle langue est-il ?..."

                            - "Alors là ! ..."

                   

n° 110                Oiseaux et marteau-piqueurs ( ou Chassez le naturel ! )   

                        Hector Sottens, réalisateur de pièces radiophoniques, suite à un problème technique, ne dispose, pour les ambiances sonores de sa prochaine réalisation, que d'un nombre limité de bruits, et comme par extraordinaire, presque à l'opposé de ceux dont il a besoin.  Mais depuis le poste à galène, chez les Sottens, on ne renonce pas facilement. Un bruit donné devra donc parfois, et par convention, en évoquer un autre...

                        Ainsi le bruit de la mer servirait à évoquer la montagne...La pluie, la neige...Le tonnerre, le beau temps...Le vent sifflant, le calme d'une belle soirée...Le périphérique à six heures, un petit chemin de campagne au lever du jour...Un marteau-piqueur, le chant d'un oiseau...!

                        Cette convention serait portée à la connaissance de l'auditeur au début de la pièce, avec exemples répétés pour une sorte de mise en condition...Seulement, combien de temps faut-il pour réformer  l'imaginaire au point qu'il s'habitue spontanément lorsqu'il perçoit un marteau-piqueur à entendre le chant d'un oiseau ?

                       (Et serait-il possible, par ce procédé de persuasion imaginative pratiqué sur une grande échelle,  d'arriver  à la longue à une atténuation du caractère désagréable, voire nocif, de ces bruits et même peut-être, à en inverser l'effet, en les rendant , d'une manière inattendue et sans les modifier, relaxants, apaisants, épanouissants...?)

                       (Et depuis lors, notre Hector ne rêve que de plaquer cette radio ronronnante où il se sent végéter pour aller requinquer les populations avec des bruits de sciages de métaux, de marteau-piqueurs et autres rivetages d'une stridence terrible et douce, terriblement douce et doucement terrible...! )

                       Et du reste, beaucoup plus tard, cette idée ayant malheureusement fait son chemin en lui, on ne manquera pas de le retrouver par une belle nuit d'été, se faisant agripper sans douceur par des mastards en  blouse blanche sous les huées d'une foule en pyjama se bouchant les oreilles en criant au scandale ! Il aura ni plus ni moins réussi à diffuser ses bruits insoutenables  de marteau-piqueurs et autres riveteurs-percuteurs  sur des enceintes de concerts placées sur des semi-remorques, les baladant au gré de sa fantaisie et de la densité des faubourgs en matière de pauvres bougres à éberluer !

                       - "Ecoutez bien braves gens, je vous assure, c'est le chant des oiseaux et le murmure des sources que vous entendez, en tout cas celui que vous entendrez désormais! Le frémissement des feuilles au doux zéphyr !..." (On n'entend donc toujours que des stridences métalliques ou d'horribles pétarades et flatulences amplifiées à l'extrême par les énormes sonos ambulantes et se diffusant dans l'ensemble d'une malheureuse banlieue réveillée en plein sommeil ou dans l'impossibilité de le trouver!)

                       - "Mais oui, c'est ça ! Des oiseaux ! Allez hop ! A Couilly-les-Oies ! Aux Colibris ! Maison de repos extrêmement calme, pleine de petits oiseaux au gazouillis d'un suave, tu vas voir ça!" A la fin, des uniformes bleu-marine avec casquettes à visière  l'emportent sans ménagement...

                       - "Attendez ! Demandez-lui comment on coupe sa sono ! Impossible d'y arriver ! Comment on coupe ? Comment on coupe, bon sang ? "

                       - "Couper quoi ? Mais on vient de couper chef ! Vous n'entendez pas ? "

                       - "Bah si, justement ! On les entend toujours ses satanés bruits de ferraille en tout genre à ce curieux diable ! "

                       - "Et oui, c'est vrai, c'est coupé. Cela ne vient plus d'ici, plus de ses baffles à roulettes !"

                       - "Cela vient de l'immeuble d'à côté, chef ! Ils viennent  à l'instant d'en commencer la démolition ! "

                       - "De nuit ? "

                       - "Parfaitement chef !  Démolition nocturne exigée par le constructeur pour des raisons civiques.   A cause du bruit, à cause des bruits la nuit justement, qu'il y en aurait moins que le jour et que..."

                       - "Alors ça ! Les mêmes bruits que les siens, exactement, mais en vrai cette fois ! C'est pas croyable !"

                       - "Ce type avait raison ! Tous ces bruits désormais, bien que ne provenant pas de la nature, vont devenir naturels ! Bing ! Bang! Brrrr!...Même la nuit ! A1ors relâchez cet homme ! C'est un saint ! Mieux, un prophète ! Qu'il nous bénisse ! Laissez-le partir ! Simplement, désormais,  qu'il aille faire ses bruits, qui sont une sorte de parabole chrétienne, là où il n'y en a pas ou pas encore ! Cela fait double emploi après, on ne s'y reconnaît plus ! Et que ses saintes remorques l'accompagnent ! "

 

n° 111               D'un même bureau ( ou Les deux enfants )

                    (1ère scène). Deux personnages font connaissance dans un bureau (employés tous deux de la même administration), parlant de choses et d'autres...

                     (2ème scène). On les revoit, après un temps indéterminé, dans un pays méditerranéen...Ils sont assis séparément à  une terrasse de café. Ils ne se reconnaissent pas tout de suite malgré quelques vagues coups d'œil à la dérobée...(Au ciel, un nuage se feuillette devant le soleil).

                      - "On s'est déjà vu quelque part non ? "

                      - "Que vous est-il arrivé ? "

                     Ils essaient de rassembler les éléments d'un passé incertain...

                      -  "Ne serions-nous pas issus d'un même ensemble socio-géographique ?"  (Ils se mettent à s'exprimer comme des logiciens, des sociologues, des parturites...)

                       - "D'une même entité contextuelle et conviviale alors non, quoi ? "

                      Se peut-il qu'ils se soient connus dans un bureau autrefois ? Si oui, cela est-il si loin dans le temps ou dans l'espace ? (Leur apparence est la même exactement )...Sont-ils en vacances ? Mènent-ils déjà une autre vie ?

                       "C'est le mérite surtout..." Oui cette phrase leitmotiv leur était commune. Pour un oui ou pour un non ils la disaient, se la disaient, se la répétaient...Ou alors, "le ciel mérite" ou même,  "m'irrite" ! Ils ne savent plus à présent de quoi il s'agissait exactement, ce qu'ils voulaient dire au juste...    ( Ils regardent souvent le nuage dans le ciel. )

                        Dans les deux scènes, le dialogue est le même (scène dans le bureau, scène à la terrasse du café) comme s'ils ne se souvenaient pas avoir déjà eu cette conversation...

                        Cependant, (le nuage se ventilant au ciel) quelques mots ou expressions pourraient laisser croire à une vague réminiscence de leur part...

                        - "J'ai l'impression d'avoir déjà vécu cette situation mais je ne me souviens pas avec qui ni dans quel endroit..."

                         - "Oui moi aussi vaguement...Ou alors, c'est encore à venir...C'est une sorte de passé antérieur qui vous prend parfois à la vue d'une belle montagne ou d'un enfant regardant une belle montagne..."

                         - "Un nuage de montagne ! C'est cela ! L'enfant c'était toi ! C'était moi ! C'était nous!"

                          Ils se connaissaient donc depuis même bien avant le bureau !

                         ( Le nuage tombe lentement sur le sol entre eux deux. ) 

 

n° 112               Les rattrapeurs ( ou Le Grand Bassin des Aiguilles )

              Voir page 7 

 

 

 

 

 TOM REG   "Mini-contes drolatiques et déroutants"  

 

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