TOM REG    "Mini-contes drolatiques et déroutants"     page 13 

 

n° 176            Un producteur indépendant  ( ou  Cinéma "Happy Few"  )

                                  Raoul Leligneux est doté d'une fortune personnelle considérable et il est si riche qu'il peut se permettre de produire tout seul des films de cinéma de long-métrage et de ne pas les distribuer! Son grand plaisir étant de convier ses amis, ou même simplement des gens de rencontre un soir de brumes sur un quai, dans la petite salle de projection qu'il a installée chez lui, le "Happy Few",  et de leur montrer ces films qu'il a fait réaliser, comme des films de grande distribution, avec souvent des acteurs célèbres, mais au bénéfice de quelques uns seulement, pour le public le plus restreint...

                                  En outre, de film en film, il n'a  cessé de réduire le nombre de fauteuils de son petit cinéma, envisageant de le réduire au minimum, c'est à dire à la paire de fauteuils, ou même, pourquoi pas, juste à un fauteuil et un strapontin... Il faut dire que la durée des films baisse également, se réduisant parfois à quelques minutes mais alors sous la forme d'un gros plan inédit d'une grande star d'autrefois, un peu hagarde, fouillant de ses petits yeux clignotants l'objectif de la caméra, semblant se demander ce qu'elle fait là ou plutôt ce qu'elle doit faire, étant elle-même par ailleurs disparue depuis si longtemps...   

                                   Au fil des ans, ayant en apparence parfaitement abouti à son idéal dans le domaine de la cinématographie, ses métrages raccourcis au maximum et la capacité en sièges de son "Happy Few" ayant atteint comme prévu sa valeur plancher, pourquoi, en cette soirée de projection plus vacillante que jamais (quelques traces fuyantes et intermittentes d'une grande vedette à peine reconnaissable)  se montre-t-il si agacé, voire excédé, par son seul et malheureux voisin qui, sur sa gauche, tout petit sur le strapontin, en culottes courtes, mâchouillant quelque gomme, s'emploie, en rêvassant devant un écran aussi improbable à faire crisser entre ses doigts le papier de son bonbon ?

                                    Mais agacé ou excédé, ne l'est-il pas en réalité par lui-même, sachant qu'il finira certainement par se débarrasser aussi du strapontin, ne conservant qu'un seul fauteuil sur lequel, ayant retrouvé sa solitude originelle, il regardera tant bien que mal, et en recommençant à marmonner, à se parler à lui-même comme au temps de l'enfance, l'emplacement de l'écran auquel il aura substitué une surface translucide où on verrait battre l'ombre d'une grande bâche, plantée à l'extérieur et agitée par le vent, pendant qu'il fera crisser, pour toute sonorisation, entre ses petites mains d'enfant jamais perdues,  un papier de bonbon ?

        

n° 177            Désinformatage  ( ou  Les canardés )

                                    Un personnage, au doux nom un peu larmoyant de Jérémie Lassucret, tient le journal de sa "désintoxication médiatique". Il a en effet décidé une bonne fois pour toutes de rompre avec les jérémiades du quotidien et désormais de ne plus écouter la radio, ni regarder la télévision, ni lire les journaux et cela essentiellement pour ne plus rien savoir de l'actualité au goût si saumâtre, toujours servie en plâtrées indigestes et obscènes, et de rester dans l'ignorance totale de "ce qu'il faut savoir", de "ce qu'il y a à retenir", de la plus courte brève au plus minuscule titre...

                                    Mais combien de temps pourra-t-il tenir ? D'autant  qu'il lui faut aussi fuir ses amis et relations, et surtout les bavards, les expansifs, les "toujours concernés"  qui ne manquent jamais, en préambule à toute rencontre, de faire allusion à un évènement, même minime, de la vie politique aux faits divers !

                                    Lorsqu'on l'appelle au téléphone, il décroche mais se tient prêt à éloigner de son oreille le récepteur dès que la conversation, par le tour qu'elle prend, semble sur le point de faire échouer sa tentative...

                                    S'il n'a pas renoncé totalement à sortir (comme il le pourrait, étant "sabbatique" de sa boîte), du moins le fait-il dans des endroits où il sera sûr de ne pas être en vue d'un kiosque à journaux dont, même de loin, les affiches et les gros titres ne manqueraient pas de porter un coup fatal à sa virginité médiatique renaissante, et sans doute encore un peu fragile, une sensation de manque incontestable se faisant sentir de temps à autre, des réflexes d'ouvrir le poste à heure sonnante pour le flash devant être contrés quelquefois d'extrême justesse.

                                     En réalité, il cherche sans doute tout simplement à retrouver l'époque de son enfance où la politique et la plupart des évènements rapportés par les radios et les journaux ne l'intéressaient pas ou lui étaient indifférents.

                                     Tout va bien, ce qu'il considère comme une véritable cure de désintoxication suit son cours sans trop de difficultés depuis maintenant près de deux semaines, deux semaines durant lesquelles il n'a pas eu la moindre nouvelle de ce qui pouvait bien ou était censé se passer de par le vaste monde comme dans le pays. Tout de même, de temps à autre, des détails de la vie quotidienne, dans la rue ou dans les commerces, des bribes de conversations prennent une étrange résonance, l'amènent parfois à se poser des questions, réveillent en lui un besoin compulsif de savoir, certes fugitif mais qui lui fait se demander s'il s'est bien imposé une épreuve vraiment  judicieuse ou même si par hasard cette voie singulière où il s'est engagé au début comme pour faire le malin puis par simple entêtement ou inertie, ne serait pas carrément malsaine voire dangereuse...Si cela l'isolait par trop ? S'il devenait à lui tout seul une île ? Une île grincheuse et roublarde, un récif !

                                      Mais peut-il encore revenir à la situation ante, se remettre comme tout le monde à feuilleter le canard, et une fois replié, laisser "Le parisien" dépasser de sa poche presque comme un gage de citoyenneté, de franchouillardise, de bonhomie à béret et à clope au bec ? Pas si sûr. D'abord parce qu'il n'a jamais ressemblé à cela et puis parce qu'il mesure déjà le bienfait que cette privation volontaire de fausses nouvelles en tout genre et de faits divers sordides auxquels on ne peut rien mais étalés comme une véritable pornographie qui n'ose pas dire son nom ou qui se veut édifiante, a déjà produit sur lui. Il est en effet nettement plus calme, détendu et regarde ses semblables d'une manière moins soupçonneuse ou dégoûtée, comme s'il n'allait plus  forcément croiser, à tout coup et à chaque coin de rue, des escrocs de la bienfaisance et autres abuseurs d'enfants...Toutes ces vilaines histoires égrenées avec complaisance et sans préavis par les médias tous les soirs dans les chaumières, commençaient à s'estomper et à faire place en lui  à des souvenirs à la fois plus personnels et plus avenants...Il n'était pas question de renoncer à ce qui lui apparaissait comme un inouï privilège, une véritable résurrection et de se remettre aux cancans peu ragoûtants des feuilles de choux qui prennent leurs lecteurs pour de bien saumâtres lascars au besoin de s'informer plutôt douteux !

                                        Toutefois, certains jours, il constatait ça et là des détails assez énigmatiques. Pourquoi ce Chinois parcourait-il les rues de Paris une torche allumée  à la main? Et ces coups de klaxon à répétition toute une matinée de presque toutes les voitures ? Et un soir toutes ces petites bougies sur le rebord des fenêtres ? Un jour à midi, au self, une femme en face de lui le regarde avec une certaine insistance et un air un peu mystérieux, puis au moment de sa pêche au sirop lui dit :

                                      - "Alors comme ça, vous aussi vous ne voulez plus de leurs nouvelles ? Vous avez réussi à leur échapper ? Vous ne vous tenez plus du tout au courant, plus jamais !

                                      - Comment savez-vous cela ? Comment avez-vous pu deviner quelque chose d'aussi particulier, d'aussi rare je suppose ?

                                      - Parce que moi aussi je me préserve de la tyrannie nauséabonde de la presse et que je sais reconnaître mes semblables ! Oui, car il y en a d'autres ! Et nous sommes même, savez-vous, de plus en plus nombreux !

                                      - Mais ce n'est tout de même pas écrit sur ma figure ! Cela se voit tant que ça ?

                                      - Absolument, car cela confère un charme indéfinissable, de par une sorte de tranquillité intérieure, de pudeur retrouvée qui transparaissent immédiatement aux yeux de ceux qui vivent la même expérience ! "

                                   Elle lui apprend aussi qu'il existe un lieu de rencontre pour les "sans-canards" où elle lui donne rendez-vous et lui dit aussi de se méfier du  self où ils se trouvent car en début d'après-midi, quand il y a moins de monde, on branche une radio qui donne des flashs d'information !  "Méfiez-vous, ne restez pas trop longtemps ! Et puis, tenez, prenez donc ça...

                                       - Oh qu'est-ce que c'est ? Des lunettes à larges branches ? 

                                       - Elles rendent sourdingue à la seconde ! Voici la poire qui va avec...Mettez-les quand vous sortirez ! Tout de suite !

                                       - Quoi ?

                                       - Et oui nous sommes déjà peut-être trop nombreux justement, au point que les autorités nous ont repérés...Nos échappatoires ne leur plaisent pas du tout! Ils craignent que notre exemple sans cesse suivi et multiplié, n'aboutisse sous peu à un désinformatage général de la population !

                                       - Moi qui croyais être le seul ! Sommes-nous déjà si nombreux que cela ?

                                       -  Nous croissons assez vite, aussi figurez-vous qu'ils ont mis sur pied des unités de voitures ordinaires dont la sonorisation, parfaitement camouflée, leur permet à tout moment et n'importe où dans toutes les artères ou sur n'importe quelle place, et même dans les jardins les plus tranquilles, de diffuser d'un seul coup et à plein volume, tirés des dernières éditions, tous les titres de l'actualité  !

                                       - Les salauds ! Pas moyen d'y échapper !

                                       - Mais si ! Dès votre sortie là, commencez donc votre protection ! Les lunettes sur le nez et en permanence la poire en main dans la poche ! Au moindre grésillement suspect alentour, vous appuyez et dans le même instant, vous êtes entièrement coupé du monde sonore pour une bonne minute, durée habituelle de leurs interventions qui se veulent simplement informatives mais que nous assimilons à de véritables aspersions de boues auditives ! Et pour accompagner ce silence miraculeux, vous verrez,  les verres des lunettes se teintent en rose !"

                                    Il poursuivit donc son chemin, un temps durant avec ces lunettes sur le nez et leur poire dans la poche mais il les enleva assez vite, se demandant si finalement, il n'allait pas tout bonnement renoncer à ce qui lui apparaissait de plus en plus comme une auto-frustration un peu vaine ou stupide, voire risquée. Et puis au fond, cela lui plaisait surtout parce qu'il pensait être le seul à la pratiquer...

                                    Toutefois, ne pouvant se résoudre à annuler d'un simple tour de bouton de radio ou de télé, ou d'un regard à nouveau autorisé à se porter  sur les kiosques à journaux, ce qu'il considérait comme un acquis remarquable et fort rare, il continua encore durant une certaine période à se préserver de la presse, et de toute la peste médiatique...

                                     Et pourtant lorsqu'un jour à midi, tout s'arrêta en même temps dans la ville autour de lui : les voitures dans les rues, les passants sur les trottoirs, les boutiquiers sur le pas de leurs portes après avoir baissé à moitié leurs rideaux, les fontaines coupées sur les grandes places, il eut du mal à tenir bon après cela : de quoi s'était-il agi tout de même ? A quel évènement, sûrement tragique, cette protestation  ou cet hommage impressionnants étaient-ils dus ?

                                      Mais il persévéra jusqu'à ce que de bien curieux incidents ne viennent à nouveau ébranler sa volonté. La première fois qu'il vit un passant devant lui, se promenant tranquillement dans une rue paisible, prendre une flèche dans le bras gauche, il fut plutôt surpris mais lorsqu'un peu plus tard il aperçut une femme tituber vers une pharmacie, une flèche plantée dans l'épaule, il se demanda dans quel tournage de western il avait mis les pieds...D'autant qu'après cela, il vit d'autres flèches mais cette fois-ci ayant peut-être manqué leurs cibles, simplement dans un caniveau ou sur le trottoir, mais aussi fichées tout droit dans un bac à sable !

                                      Le lendemain, au beau milieu d'une esplanade, quelques unes chutèrent autour de lui et plus loin encore, à plat ou en rebondissant et tournoyant. Elles semblaient tout simplement tomber du ciel! Un peu après, il commença à remarquer que des gens portaient, suspendue au bras, une sorte de planche de contreplaqué comme on portait jadis un bouclier ! Et il y en avait de plus en plus ! A un moment dans l'après-midi, sur la pelouse de Reuilly , de nombreux promeneurs déambulaient et ils avaient presque tous ce panneau accroché au bras !  Quand des flèches commencèrent à tomber ! Alors, tous en même temps, ils levèrent leurs planches vers le ciel et se rapprochant les uns des autres formèrent rapidement la fameuse tortue romaine, cette carapace de boucliers sur laquelle s'abattaient les flèches sans les atteindre ! La pluie de bois et de fer fut terrible et s'il ne s'était trouvé près d'une petite cabane où il s'abrita de justesse, il se demande de combien de carreaux il eut bien pu être transpercé !

                                       Cette volée cessa rapidement et tous les bras s'étant repliés, la foule se dispersa assez vite...Mais comme il se sentit seul et désemparé ! Que se passait-il ? Comment savoir sans...et oui sans trahir sa résolution, son engagement quasi-sacré ? Il y avait sûrement une explication ! On en parlait sans doute à la télévision tous les soirs, avec force détails et statistiques, des "transpercés du jour" !

                                        Oui très seul, car s'il était bien allé au rendez-vous donné par la femme du self, soi-disant sa semblable, il s'était retrouvé dans une sorte de club de ping-pong à l'abandon et totalement désert, pas de trace des "sans-canards"  ou d'une quelconque fédération! S'était-elle moquée de lui ? Mais alors comment aurait-elle pu lui dire tout cela? Avait-elle seulement existé ? ...Il avait bien cru entendre ce slogan menaçant   "Les sans-canards seront canardés!" mais c'était quand il avait rêvé, revécu tout cela en cauchemar la nuit suivante par-dessus le marché !

                                         Lassucret a décidé de ne pas se doter, lui, d'un panneau-bouclier. Après tout, ces apparences de flèches sont peut-être tout simplement des rayons cosmiques qui se transforment...Des avatars de rayons, qui tombent sur le vaste monde pour mieux le traverser, le transpercer ! Pour mieux le transpercer... lui !      

 

n° 178              Pseudo-cactus   ( ou  Les deux mains )

                                         Iridusse Mancouflet entreprend de faire pousser chez lui un cactus (dont il ne sait pas qu'il est d'une espèce géante). Un jour, la plante atteint presque le plafond de son appartement ! Que faire ? La transporter sur le balcon ? Impossible, elle craint le froid et l'humidité ! Et puis au-dessus, il y aurait un autre balcon!

                                         Un beau soir pommelé, il vient à Iridusse l'idée d'essayer d'obtenir de sa voisine du dessus (qui est la même que celle d'en dessous) l'autorisation de pratiquer une ouverture dans le plafond, donc dans son plancher à elle, pour permettre au cactus de poursuivre sa croissance sans heurt !

                                         Le problème c'est qu'il ne connaît pas bien cette jeune femme qu'il voit rarement, qui vit seule, paraît un peu austère et farouche et ferait  peut-être même partie d'une sorte de groupe de défense contre les nuisances des voisins "envahissants" !

                                         Il faudrait déjà l'aborder...Ce qu'il fera un beau jour. Au début, elle le traite de fou ou tout comme ("ça va pas non!") et le prie de ne plus jamais lui adresser la parole ! ( "J'ignorais que j'avais pour voisin du dessous un dérangé du bonnet ! " se plut-il à imaginer en se mettant dans la tête de cette femme qui prononçait peut-être bonnet "beau nez" auquel cas, c'eût été un peu moins grave, plus amusant.)

                                         Or malgré cette réaction, certes attendue mais un peu brutale et péremptoire, la voisine, dans son for intérieur va se laisser petit à petit gagner par cette idée saugrenue, se piquer tout doucement au jeu de ce curieux et finalement attachant voisin, mais insensiblement, à la vitesse du cactus... Un jour d'ailleurs, elle finit par accepter d'aller le voir ce cactus et surtout effectivement sa tige principale, centrale,  raide et droite, qui pose problème, s'allongeant sans cesse et qui justement passerait à travers le plafond jusque chez elle...

                                          C'est entendu, elle a donné son accord. Il s'occupera lui de tout et en particulier de convoquer l'entreprise qui procédera à la découpe de son plafond (et donc de son plancher à elle). Elle lui rend à nouveau visite la semaine suivante et se félicite de constater qu'apparemment la plante à piquants ne grimpe vraiment pas vite et donc que le délai un peu tardif pour les travaux,  dans seulement un mois, sera vraisemblablement sans conséquence fâcheuse, vu que la cactée n'aura sûrement pas encore vraiment touché le plafond !

                                           Oui la plante monte si lentement qu'au début la voisine se demanda si elle poursuivait effectivement toujours bien sa croissance et puis maintenant elle en est à peu près convaincue, ce curieux candélabre ne grandit plus ! Et elle craint d'en parler à Iridusse qui répète que tout se passe pour le mieux et suit son cours, chaque chose à son rythme, toutes choses égales par ailleurs !

                                            N'a-t-il rien remarqué ? Qu'il ne monte plus ? D'ailleurs, a-t-il jamais monté ce fameux cactus ? Elle l'a toujours vu ainsi elle, amorphe, sans vie...Et puis cette couleur pas très naturelle, ces piquants mous, l'aspect luisant de ses branches ! Et s'il était, en plus, en plastique ? Oui évidemment c'est peut-être du pur polymère mou mais alors comment aurait-il pu passer par la porte, être installé ici cet épineux ectoplasme ? ...Gonflable ! Voilà ! C'est un cactus gonflable ! Avec une simple épingle, elle pourrait vite savoir si la turgescence apparente de cet engin est fragile, réversible, tout à fait provisoire, s'il ne serait pas finalement plein d'air, redevable de la pompe à vélo !

                                            Mais pourquoi aurait-il usé de ce stratagème bien compliqué ? Simplement pour la rencontrer ? N'aurait-il pas mieux valu en acheter un vrai, plus petit et définitivement adulte, à raquettes bien pleines et pas du tout transparentes ? Et puis tout de même il y a d'autres moyens plus simples pour faire connaissance avec une voisine, même du dessus, que de lui proposer de lui trouer le plancher pour laisser passer un cactus qui ne passe pas et qui n'en est sans doute pas un non plus !

                                              En tout cas s'il a peut-être usé d'un subterfuge pour la rencontrer, ce n'est pas en mauvaise part. Elle n'a pas à se plaindre de leurs relations qui en sont sans doute encore au niveau du voisinage, mais d'un voisinage sinon intime disons affectueux...Il lui prend la main ! Et de fait, toujours la même, jamais plus,  en lui parlant des heures durant de son enfance quand il rêvait de jouer au centaure dans la pampa mexicaine...Elle comprend qu'elle doit faire semblant de croire à la croissance herculéenne du pseudo-cactus, car au fond elle essaie un peu de l'amadouer, d'abonder dans son sens, redoutant de ce pseudo-voisin quelque bizarrerie supplémentaire et peut-être moins innocente...

                                          -" Vous savez Iridusse, je pense à une chose, lorsque le cactus, ayant franchi mon plancher et s'étant développé tout à loisir , car d'après ce que vous m'avez dit au sujet des capacités de croissance encore en réserve dans ce curieux végétal cela finira bien par arriver, aura aussi atteint mon propre plafond, alors, et vu que je suis également vous le savez votre voisine du dessous, je vous propose de faire faire un trou dans votre plancher à vous et donc cette fois-ci par la même occasion dans mon plafond à moi, et en en posant délicatement le pot sur mon plancher du dessous,  de faire ainsi descendre la plante d'un étage afin, si vous voulez mieux, de gagner un niveau, ce qui me permettra non seulement de le voir passer une deuxième fois mais d'attendre, de voir venir encore un peu...

                                           - Attendre encore un peu avant par exemple...de nous marier ?

                                           - Si vous voulez, c'est à envisager...

                                           - Que c'est gentil ! Oh oui si nous faisions cela ! Ce que ça ferait plaisir à mes parents ! Tenez, en attendant, je vais, pendant que nous nous entretiendrons,  tenter de voir, à la dérobée,  si le mutant verdâtre et luisant continue son ascension ou s'il n'y a déjà plus rien à en attendre et plus qu'à le dégonfler une bonne fois pour toutes et le redescendre chez le gardien d'où il n'aurait jamais dû ressortir.

                                            - C'est moi au tout début qui l'ai trouvée un beau matin cette drôle de girafe et qui l'ai redescendue la première il y a très longtemps...il n'y avait encore personne ici...

                                            -  Je pense à vous prendre désormais les deux mains en même temps, en vous écoutant raconter à votre tour vos souvenirs d'enfance, les plus attendrissants comme les plus drolatiques ou les plus inquiétants...les plus piquants !

                                            - Quelle entreprise doit venir pour les travaux, la découpe ?

                                            - Beurrat-Loupières à Creveil...

                                            - Mais ils sont "Greniers-Débarras-Rebuts" !

                                            - Oui, de père en fils.

                                            - Ils ne font pas de travaux ! Donc pas de trous !

                                            - Non.

                                            - Ainsi vous avez osé...C'est formidable ! Rebuts ! C'est ça, en réalité vous la faites enlever! Vous allez nous débarrasser de cette bestiole insupportable, contraignante et nauséabonde ! Quand je pense que les occupants d'ici à un moment se battaient presque pour l'avoir dans leur séjour ! Gonflée ou pas, ils descendaient la nuit pour voir s'ils ne pourraient pas, en douce , des fois la remonter chez eux ! 

                                            - C'est vrai, cela ne pouvait plus durer...Même moi, voyez, qui ne voulais pourtant pas en entendre parler, je me retrouve avec cette espèce de salamandre pneumatique dans mon salon, à faire toutes ces simagrées pour mon aimable voisine qui n'a pas mérité cela...

                                            - Mais non, c'est moi qui vous l'ai refilée voyons, en vous faisant croire que c'était une sorte de cactus...

                                            - C'est exact, nous nous plaisions déjà...

                                            - Esturgeon plutôt que salamandre...esturgeon goutteux...

                                            - Si vous voulez, Corinne. On ne sait plus à quoi on a à faire...

                                            - C'est Agnès, m'enfin... Le principal c'est que grâce à votre sagacité et votre opiniâtreté, bien cachées jusqu'à présent je dois le dire, je ne savais même pas que vous existiez, pendant longtemps, des années,  j'ai cru cet appartement toujours inoccupé, absolument vide, je voulais même réunir mes deux appartements à moi en abattant votre plafond et votre plancher !  Mais ne vous en faites pas, nous en serons donc bientôt débarrassés de cette maudite bestiole...

                                            - Oh oh, vous vouliez me la refiler au début, vous ne vous souvenez pas ?

                                            - Au début, tous les copropriétaires essayaient de se la refiler telle une patate chaude...Et puis comme d'habitude tout le monde a fini par faire semblant de n'être plus au courant de rien, de ne se souvenir de rien...Enfin écoutez, vous avez pris le taureau par les cornes, bravo, vous avez fait le nécessaire, encore merci ! Il n'y a plus qu'à attendre la survenue de ces chiffonniers...

                                            - A condition que je ne me sois pas trompé en composant leur numéro et que cette entreprise existe réellement toujours...Non je crains un peu de rester avec cette espèce de poupée sur les bras, chez moi, pour toujours !

                                            - J'y pense ! Vous pourriez le jeter par la fenêtre votre truc !

                                            - Impossible, voyons, ça ne peut pas passer !

                                            - Mais dégonflez-le !

                                            - On ne peut plus, la valve s'est comme soudée...Non vraiment je me demande si quelqu'un va jamais venir, si je ne vais pas rester éternellement seul avec ce machin !

                                            - Laissez votre porte ouverte, on viendra peut-être vous le voler...

                                            - Et puis comme Creveil a changé ces derniers mois! Une bourgade qui rapetisse! Quand on la regarde, pourtant immobile, on dirait qu'on s'en éloigne...

                                            - Notre îlot semble dériver...

                                            - Alors nous voguerons avec cet engin, en quelque sorte tous les trois...

                                            - ...Cet engin, cette engine oui ! Cette engine pustuleuse et indégonflable...

                                            - ...le plus longtemps possible ! "

 

n° 179               La pêche aux poissons  ( ou  Bracelets d'Avril )

                                         Un premier avril, le personnage et un enfant (Père-fils, prof-élève, compagnons de rencontre momentanés ?  Train, salle d'attente, devant un magasin tardant à ouvrir, dans une station de métro désaffectée, au fond d'une grotte venant de se refermer définitivement.... (Myself et son démon?) parcourent les journaux pour tenter de découvrir les "poissons d'avril" qui ne manquent jamais de figurer ce jour-là parmi les informations sérieuses...

                                           -"Tu sais, il y a au moins un poisson par journal, c'est la tradition...Tiens, regarde dans celui-ci,  je prends l'autre..." 

                                         Mais l'enfant semble pêcher un peu au hasard, et les prises qu'il ramène ne sont guère convaincantes pour l'adulte. Toutefois la réciproque est souvent vraie. En réalité, une nouvelle qui pourrait paraître un peu "bizarre" à l'un ne l'est généralement pas pour l'autre et vice-versa. Or le jeune garçon va trouver une dépêche qui les mettra tous les deux d'accord sur le caractère indubitablement "poissonnier" de l'entrefilet.    

                                           - Oh là là...  alors ça, c'est sûrement pas vrai !

                                           - Quoi, tu en as trouvé un ?

                                           -  Ah! Ah! Ecoutez ça m'sieur..."Grâce à une extraordinaire et toute récente trouvaille technologique, les parents peuvent savoir à tout instant de la journée où se trouvent exactement leurs enfants. Il  leur suffit de munir leur progéniture en route pour l'école ou une sortie quelconque, d'un petit bracelet qui a un peu l'air d'une montre Mickey, qui du reste fait bip bip toutes les dix secondes en même temps que flashe une étoile rouge, et que leurs rejetons prendront pour un gadget marrant destiné à tromper leur ennui aux arrêts de bus et qui en réalité émet un signal sur un écran-récepteur planqué dans la maison pouvant être observé en permanence s'ils le souhaitent par le père, la mère ou la grande sœur !... 

                                           - Bravo fiston ! Et en plus c'est un des meilleurs poissons d'Avril que j'ai jamais entendus ! De la pure science-fiction de série Z ! ... Fais voir ça...Ah mais dis-moi, ce n'est pas tout...Il y a une suite!..."Et dans le même ordre d'idée, la Justice  pense à étendre ce procédé aux détenus en liberté surveillée et aux délinquants sur le point de récidiver ou même à des citoyens simplement soupçonnés de pouvoir un jour commettre un méfait quelconque!"   Alors là chapeau ! C'est la cerise sur le poisson ! Le bracelet-localisateur ! Et puis quoi encore ? Le type même du gadget utopique !

                                           - C'est quoi utopique ?

                                           - C'est une idée ou un projet qui n'ont aucune chance de se réaliser, qui sont complètement farfelus! Et là tu avoueras que c'est le cas ! Quel nanar ! Moi je ne lis plus le journal mais, tu vas voir, comme chaque fois ils vont révéler le canular dans le numéro de demain que je n'achèterai pas pour autant, ce n'est vraiment pas la peine ! Et même que cette année, il est un peu gros leur poisson ! En tous les cas, encore bravo mon grand ! Allez, salut ! ...Eh mon petit, j'oubliais !... Rentre chez toi à l'heure que tu veux, par où tu veux, et surtout, surveille bien tes parents ! "  

 

n° 180           Tête à personne  ( ou L'envers de la chaussette )

                                   Cyrille Varuquet, depuis son plus jeune âge, pour s'être entendu dire et redire en toutes circonstances, qu'il ressemblait à tout le monde, sait bien qu'il n'a pas de physique particulier, rien qui de ce point de vue là lui appartienne en propre, le rende vraiment, sur une photo ou pour un signalement par exemple,  reconnaissable. Et pourtant il redoute toujours la survenue d'un attentat ou fait divers criminel d'envergure...Car dans ces circonstances-là, il n'est pas rare que soit placardé dans les rues le portrait-robot du suspect le plus recherché par les autorités compétentes...

                                    Or notre Varuquet si anodin, insignifiant sur ses photos d'identités, transparent à travers la foule, ("Vous n'avez presque rien de personnel, vos traits sont comment dire, interchangeables avec quiconque, vous appelez ça une "identité" ! lui dit-on à la Préfecture chaque fois qu'il fait une demande de  passeport...), sur qui personne ne pose le regard, et bien dès qu'un portrait-robot est affiché quelque part, les gens d'où qu'ils soient, où qu'ils aillent et où qu'il puisse se trouver lui-même, se mettent à le dévisager, commencent à se retourner sur son passage !

                                     Il aurait donc tout de même une sorte de tête de portrait-robot ! Qu'est-ce que cela veut dire ? Il sait bien qu'il ressemble un peu à tout le monde, mais quand même, à ce point-là...Et puis les forces de l'ordre, les policiers, eux, ne le regardent pas particulièrement, lui semble-t-il...Du reste, si c'était le cas, il aurait sûrement déjà été interpellé! Non, ce sont les braves gens qui dans ces circonstances croient peut-être reconnaître dans les traits incertains de son visage, ceux, charbonneux et comme coupés à la hache, des têtes blafardes épinglées sur les murs...

                                      Et lui qui en temps ordinaire passe totalement inaperçu même des rombières du coin, à ce moment-là, au sortir des vêpres par exemple, s'il en croise d'aventure, nous ne dirons pas que les bonnes femmes à sa vue se signent en s'égayant mais du moins a-t-il constaté, assorti d'un regard en coin, presque un haut-le-corps de leur part et une petite stupeur sur leur visage chafouineux  qui ne s'apaise qu'à la condition de répéter, en les appuyant,  les mots qu'elles étaient en train de prononcer..."On sait jamais à qui qu'on a à faire hein..." ou bien "...C'est-y pas malheureux, un si beau jeune homme!..." "Faut rudement se méfier maintenant !..." et autres standards du cancan !

                                      Décidément, dans son existence, comme les choses lui échappaient à Varuquet ! Elles n'arrivaient jamais à propos ou bien pas du tout ou alors se produisaient toujours à rebours de son humeur ou de ses pensées, en contradiction avec son état d'esprit, son bon vouloir du moment. Il passait perpétuellement pour l'inverse de lui-même et en particulier au physique tant il aurait voulu être sinon typé, du moins reconnaissable et avenant, suscitant une aimable attention. Au lieu de cela, soit la plus totale indifférence, soit, les jours de grand trouble public et de recherche de malfaiteurs, une sorte d'universelle suspicion se posant sur lui d'un peu partout.

                                 -"Vous appelez ça une identité ? Mais ça ne fait rien, on vous regarde quand même...On vous voit à peu près...."

                                      Tout de même ça y est, son insignifiance identitaire est enfin acceptée ! Comme il a eu raison de persévérer, d'insister, pour l'obtention de ce passeport ! A présent il va pouvoir voyager, c'est à dire aller voir là-bas s'il y est, et au sens propre, voir vraiment si par hasard il n'y serait pas ! Il est bien quelque part ! Il existe sûrement de par le monde un lieu où il ressemble à quelque chose, se ressemble un tant soit peu!

                                      Mais il est probable que malgré cet insigne honneur de l'autorité préfectorale, il ne partira nulle part car il perdra sûrement une fois de plus le document le soir même où il lui sera délivré et errera, nocturne, déjà oublieux de tout nouveau projet pouvant bien le concerner. Non, il est vraisemblable qu'il trouvera sa vraie figure encore ailleurs, peut-être en lui-même. Tout cela est un problème intérieur, à résoudre comme tel. Et s'il se retournait ? S'il était à l'envers comme une chaussette ? Si le motif était de l'autre côté ? Ses vrais traits, des traits enfin ?

                                       Sa mère ne lui disait-elle pas, au comble de l'admiration pour son fils : "Tu te laisses aller comme une vieille chaussette !" (Ne l'appelait-elle pas aussi "Ma petite chaussette" ?) Mais oui, c'est cela qui lui manque : l'endroit d'un envers ! L'endroit de sa chaussette !

                                       Mais peut-on se retourner d'un seul coup sans se faire remarquer ? Sans faire trop de bruit ? Sans tout perdre en même temps et pour toujours ? Et si oui, passe-t-on d'une sorte de ténèbre à la plus parfaite lumière ou le contraire ? Faut-il par la suite s'inverser encore ? Et s'il était alors poursuivi pour de bon ? Pour trop de traits cette fois-ci, trop de tête, trop de type ? A n'en plus finir !

                                       (C'est promis, demain il changera tout simplement de chaussettes et prendra son passeport pour aller se reposer quelque part au soleil, tranquillement, comme tout le monde !)      

 

n° 181               Ménagères et manteaux ( ou  La chaise en face )

                                       Edouard Lebat-Somatre ne voit pas sa situation de célibataire solitaire toujours en rose mais il y a une circonstance qui le dédommage largement du prix parfois un peu lourd de la mélancolie et du rechignement, c'est lorsque, provisoirement victorieux des démons de la solitude, il se rend comme spontanément au restaurant...

                                       C'est une situation qui lui apparaît alors comme un des grands avantages réservés aux "singles" et plus particulièrement pour ce qui est de l'installation. Car alors peu importe l'endroit de la salle où on peut le placer, ce qui compte c'est qu'il aura une table prévue  pour deux à lui tout seul. Et non seulement on aura soin en tout premier lieu de débarrasser l'assiette et les couverts en trop mais suprêmes bonheur et privilège, on laissera en place devant lui la chaise vide !

                                        Et sur cette dernière il pourra tout à loisir disposer son manteau à même le dossier sans crainte de le froisser et surtout y poser  bien droit son cartable d'où, en se penchant un peu, il sortira sans peine un cahier ou un livre, ou les deux à la fois car la place disponible sur la table est devenue conséquente.

                                        Non vraiment il n'en finit pas de ne trouver que des avantages à être seul dans ces cas-là, car non seulement on bénéficie toujours de la  ménagère à moutarde qui revient tout le temps des autres tables où elle ne tient pas, mais on échappe rigoureusement aux vendeuses de violettes pour amoureux et mieux encore aux musiciens ambulants qui se démènent avec leurs violons durant des heures devant les couples en goguette mais délaissent sans manières les tables des esseulés. Et des ménagères, à la fin du repas, on en a quelquefois deux ou trois, une dizaine, se dit-il pensif, lui qui n'ose pas demander du pain ou quoi !

                                          C'est l'été à présent. Il a vu dans le ciel ces nuages qui annoncent l'orage, un orage qui ne vient jamais dans ces cas-là. Il a retrouvé sa table. Evidemment étant donnée la saison, il n'a ni cartable ni manteau. La chaise en face de lui restera vide.

                                         - "Pardon monsieur, ça vous ennuie si on pose ça ici ?"  dit depuis la table de devant une femme qui, s'étant retournée, brandit deux énormes manteaux "toutes-saisons" avec un effort rendu manifeste et qui ne saurait durer longtemps.

                                           Le voilà littéralement pris de panique ! Que va-t-il faire ? Et ses prérogatives ? Sa prérogative de client solitaire consistant à pouvoir bénéficier non seulement d'une table comme agrandie par l'absence miraculeuse d'un vis à vis mais aussi d'une chaise vide en face de lui ?  Si on lui prend le peu à quoi il a droit ! Déjà, en cette fin de repas, sa nappe va bientôt être envahie par les ménagères qui refluent de partout, si en plus on lui occupe la chaise! Une sorte de chaise-bonus, véritable baume au cœur des esseulés un tant soit peu sensibles et attentifs aux choses, aux petits riens qui justement font leur tout.

                                            Ce n'est pas possible ! C'est intolérable, il va attendre quelqu'un ! C'est cela, il attend quelqu'un ! Et quoi ? Il y a deux ou trois ans, il ne sait plus où ni qui, il attendait réellement quelqu'un, certes qui n'est pas venu, mais comment arriverait-on à prouver qu'aujourd'hui il n'attend personne?                                             

                                           - "C'est que madame, voyez-vous, j'attends une personne qui vient prendre le café...Oh mais elle n'est pas encore là et sera même je crois assez en retard...Posez donc vos affaires là un moment...Si jamais elle arrive, bien entendu je vous demanderais de bien vouloir les enlever ...Merci madame de votre compréhension..."

                                             Et aussitôt la femme lâche les deux espèces de redingotes épaisses et lourdes qui s'abattent sur la chaise en la faisant grincer et disparaître tout à fait. Mais tout de même il a bien un peu sauvé, au moins à ses propres yeux, les apparences, les convenances. Il est censé avoir la possibilité de faire ôter cet attirail ! Il est presque ému par l'à-propos dont il a su faire preuve...

                                              En réalité, il est bien triste de s'être en quelque sorte, et une fois de plus,  tout simplement fait avoir mais pense avec bonheur qu'on aurait très bien pu lui demander carrément la chaise pour l'emporter à une autre table et là il n'aurait sans doute pas eu le courage ni la force d'empêcher cela ! (Et s'il achetait un  manteau "toutes saisons" lui aussi ? Non. Leur quadruple épaisseur, à cause du mécanisme de transformation saisonnière, est franchement ridicule! Et ces bruits quand  on s'assied ! )

                                               Le voilà donc une fois encore en été, toujours aussi seul, mais ni vraiment malheureux, ni vraiment heureux...Alors pour ne plus voir ces deux masses obscènes sous lesquelles a entièrement disparu sa chaise et contre quoi il ne peut plus rien, faute une fois de plus d'avoir su dire non à temps, et  pour se rasséréner un peu, en pensée il se concentre très fort  sur son manteau à lui et son cartable de l'hiver !                                                    

 

n° 182        Parapluie à vent  ( ou  Le col en proue ) 

     

              Voir page 14 

                 

 

 TOM REG   "Mini-contes drolatiques et déroutants"  

 

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